« Pendant que ces travaux sont en cours, les embouteillages sont devenus importants. Mais ces difficultés ne sont pas inutiles. » Les mots de cette habitante de Kasangulu, résignée mais lucide, résument à eux seuls le quotidien d’une cité traversée par le souffle lourd du progrès. Sous la supervision de l’Agence congolaise des grands travaux (ACGT), le chantier de surélévation de la RN1 à Kasangulu ne connaît aucun répit. Chaque mètre gagné sur la chaussée est une promesse, mais aussi un sacrifice imposé à des milliers d’usagers qui, chaque jour, voient leur patience mise à rude épreuve.
Ce vendredi 15 mai, les équipes de l’entreprise SIC s’affairent au point kilométrique 22+100. Là, une batterie de buses est posée pour canaliser les eaux de pluie, responsables de l’éternelle dégradation de cet axe vital. Sur les 510 mètres à rehausser, il ne restait plus que 112 mètres en demi‑chaussée et 100 mètres en voie complète à ferrailler et à bétonner durant la nuit. Un travail d’orfèvre, mené sous la pression d’un calendrier qui promet une livraison pour le 24 mai 2026, selon les engagements de l’ACGT et de la Société des Péages du Congo (SOPECO).
Mais en attendant, la note est salée. Les embouteillages à Kasangulu s’étirent sur des kilomètres, transformant chaque déplacement en épreuve. Les conducteurs de poids lourds rongent leur frein, les commerçants voient leurs marchandises pourrir sur place, et les familles issues des quartiers périphériques rentrent chez elles à la nuit tombée. Combien de temps faudra‑t‑il encore serrer les dents ? La question ne se pose plus en termes d’heures, mais de semaines. La société civile locale, tout en reconnaissant la légitimité des plaintes, appelle à « prendre son mal en patience », convaincue que le gain final effacera les souffrances d’aujourd’hui.
« Pendant que ces travaux sont en cours, les embouteillages sont devenus importants. Mais ces difficultés ne sont pas inutiles. Nous devons prendre notre mal en patience, car à la fin, nous en serons satisfaits. »
Derrière cette voix, c’est toute une communauté qui mise sur une transformation radicale de la Route Nationale 1 au Kongo Central. L’objectif affiché par les autorités est ambitieux : faire évoluer ce corridor économique vers une configuration à 2×2 bandes, garante d’une fluidité retrouvée. Un dessein qui s’inscrit dans le vaste Programme Sino‑Congolais, où l’ACGT joue le rôle de vigie technique, veillant au respect des délais et des normes.
Pourtant, les regards lucides se tournent aussi vers l’avenir. Les études techniques d’une route alternative, longue d’une vingtaine de kilomètres entre N’djili, Mangala et Nvululu, sont déjà disponibles. De quoi désengorger, à terme, cet axe où transitent les richesses agricoles du Kongo Central et les approvisionnements de la capitale Kinshasa. Car derrière les embouteillages, ce sont des tonnes de tomates, de bananes et de légumes qui pourrissent dans des camions immobilisés. C’est le petit commerce qui s’essouffle, l’accès aux soins qui se complique, l’éducation des enfants qui trinque.
Ces travaux, pour indispensables qu’ils soient, interrogent sur la manière dont le développement est vécu au ras du bitume. À Kasangulu, la patience des citoyens est un capital qu’on épuise sans toujours proposer de mesures d’atténuation concrètes. Des itinéraires de déviation clairs, des plages horaires mieux définies pour les gros porteurs ou une communication renforcée auraient‑ils changé la donne ? Les embouteillages sont‑ils le prix incompressible de tout chantier d’envergure ? Rien n’est moins sûr. La route de la modernisation est pavée de bonnes intentions, mais elle exige aussi un minimum de considération pour ceux qui l’empruntent au quotidien.
En attendant le 24 mai 2026, Kasangulu retient son souffle. L’espoir d’une RN1 réhabilitée et redimensionnée brille comme une éclaircie dans le ciel gris des travaux ACGT. Mais dans les interminables files de voitures, une autre réalité s’impose : le progrès a souvent le visage d’un embouteillage. Et si la patience est une vertu, elle ne doit pas devenir un luxe que seuls les plus résignés peuvent s’offrir.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
