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Crise alimentaire RDC : 26,5 millions d’affamés, l’ONU avoue son impuissance

Dans un village du Nord-Kivu, Marie, 34 ans, regarde ses enfants jouer dans la poussière. Leurs ventres sont vides depuis la veille. « On a partagé une poignée de haricots, mais ce n’était pas assez. Mes enfants pleurent de faim tous les soirs, et je ne sais plus quoi inventer », raconte-t-elle la voix brisée. Ce récit poignant n’est pas isolé : il est le quotidien de millions de Congolais pris au piège de la pire crise alimentaire RDC de son histoire.

Selon un communiqué conjoint de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et du Programme alimentaire mondial (PAM) publié ce mercredi 13 mai, plus de 26,5 millions de personnes en RDC peinent à satisfaire leurs besoins alimentaires de base. Une réalité glaçante qui relègue le pays au rang des plus grandes crises humanitaires du globe. Parmi elles, plus de 3,6 millions de personnes sont en situation d’urgence, confrontées à des pénuries alimentaires critiques menaçant leur survie même. Autant dire que ces hommes, femmes et enfants sont suspendus à un fil, dans l’attente d’une aide qui tarde à venir.

Face à cette insécurité alimentaire généralisée, l’aide humanitaire reste une goutte d’eau dans un océan de détresse. Le communiqué le martèle : « Sans investissements urgents et durables, la crise risque de s’aggraver davantage, avec des conséquences potentiellement irréversibles pour des millions de personnes. » Une alerte que beaucoup jugent encore trop timide au regard de l’ampleur du drame. Comment expliquer qu’en 2025, une nation aussi riche en ressources naturelles que la RDC connaisse une telle faim Congo ? La guerre, les déplacements massifs, le manque d’infrastructures et le dérèglement climatique se conjuguent pour étrangler une population déjà à genoux.

Pour alléger ne serait-ce qu’une parcelle de cette souffrance, la FAO a engagé une enveloppe de 10 millions de dollars issus du Fonds humanitaire pour la RDC. Cette somme permet, depuis le début de l’année 2026, de soutenir 55 500 familles dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri et du Tanganyika. Concrètement, il s’agit de distribuer des semences, des outils agricoles et, lorsque les conditions le permettent, des transferts monétaires. L’objectif : aider ces ménages à relancer leur propre production alimentaire, à préserver leurs moyens de subsistance et à réduire leur dépendance chronique à l’aide. Une approche salutaire, mais terriblement sous-dimensionnée. La FAO estime avoir besoin de 163 millions de dollars supplémentaires pour intensifier ce soutien agricole vital, avant que les périodes critiques de semis ne soient compromises. Une course contre la montre où chaque dollar manquant se traduit par des vies balayées.

Mais l’insécurité alimentaire ne se résume pas à une question de semences. Les deux agences onusiennes rappellent que la RDC abrite plus de 7,8 millions de déplacés internes. Ces personnes ont tout perdu : logement, terres agricoles, bétail, sources de revenus. Elles survivent dans des camps surpeuplés, où la promiscuité et le manque d’hygiène aggravent encore leur vulnérabilité. Comment envisager une quelconque résilience quand on a tout laissé derrière soi ? La réponse, selon la FAO et le PAM, réside dans une approche à double volet : combiner une assistance humanitaire immédiate – distributions de vivres, prise en charge nutritionnelle – avec un soutien à long terme à l’agriculture et aux moyens de subsistance, tout en garantissant un accès humanitaire sûr et durable. Vaste programme, mais absolument nécessaire.

Pendant ce temps, au Nord-Kivu, Marie continue d’espérer un miracle. « Si seulement on nous donnait de quoi cultiver, on pourrait manger et vendre le surplus. Mais pour l’instant, on dépend des rares distributions, et elles ne sont jamais assez pour tout le monde », soupire-t-elle. À travers son témoignage, c’est toute une fracture sociale qui se dessine : celle d’un pays où l’agriculture, pourtant capable de nourrir toute l’Afrique centrale, est plombée par l’insécurité et le manque d’investissement. Chaque jour, des milliers d’enfants rejoignent les rangs des malnutris, condamnés à un avenir troublé sans que les projecteurs internationaux ne s’y attardent vraiment.

La crise alimentaire RDC n’est pas une fatalité ; c’est un échec collectif. Le silence assourdissant de la communauté internationale face à 26,5 millions d’affamés pose une question dérangeante : quelle valeur accordons-nous à une vie congolaise ? Alors que les bailleurs tergiversent, des familles entières basculent dans l’irréparable. Il est plus que temps de transformer les discours en actes, car derrière chaque statistique se cache un visage, une histoire, un souffle qui s’amenuise. La faim Congo mérite mieux que de vagues promesses.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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