Dans un camp de fortune près de Bunia, Maman Jeanne serre contre elle un sachet de farine de manioc, seul butin d’une longue marche sous le soleil. « Nous avons fui sans rien, les champs sont brûlés », murmure-t-elle, les yeux fixés sur ses trois enfants amaigris. Son histoire est celle de millions de Congolais pris au piège d’une crise alimentaire en RDC qui ne cesse de s’étendre.
Mercredi 13 mai, un communiqué conjoint de la FAO RDC et du PAM RDC a jeté une lumière crue sur l’insécurité alimentaire Congo : plus de 26 millions de Congolais peinent à se nourrir convenablement. Parmi eux, 3,6 millions basculent dans une urgence absolue, là où l’absence d’aide immédiate signe un arrêt de mort silencieux. Ces chiffres, presque abstraits, cachent des visages, des ventres creux et des rêves brisés.
Comment en est-on arrivé là ? Depuis des années, l’Est de la RDC s’enlise dans des violences qui déracinent les populations. Plus de 7,8 millions de personnes déplacées internes errent loin de leurs terres. Chaque famille déplacée, c’est un lopin abandonné, une récolte perdue, un savoir-faire agricole réduit à néant. Et le phénomène s’auto-alimente : sans production locale, les prix flambent, les marchés se vident, la malnutrition progresse.
La FAO et le PAM ne se contentent pas de chiffrer le désastre. Ils agissent, malgré des moyens ridicules. Avec une enveloppe de 10 millions de dollars, la FAO soutient déjà 55 500 familles au Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri et Tanganyika. Semences, outils, transferts monétaires : des gestes vitaux pour remettre un peu de dignité dans les assiettes. Mais cette somme, c’est une goutte d’eau dans un océan de besoins. L’organisation estime qu’il faudrait 163 millions de dollars supplémentaires pour sauver les prochaines saisons de semis. Sans cet argent, le cycle de la faim se resserrera encore.
Pourtant, le paradoxe est criant. La RDC possède assez de terres arables pour nourrir toute l’Afrique, et même au-delà. Alors pourquoi des mères en sont-elles réduites à cueillir des feuilles sauvages pour faire bouillir une soupe insipide ? La réponse tient en deux mots : insécurité et indifférence. L’insécurité, parce que les groupes armés transforment les villages en champs de bataille. L’indifférence, parce que la communauté internationale détourne le regard, et que les fonds promis tardent à se débloquer.
Les agences onusiennes alertent sur une aggravation inévitable si rien ne change. « Sans investissements urgents et durables, les conséquences seront irréversibles », écrivent-elles. Leur appel insiste sur une double approche : l’aide d’urgence pour sauver des vies aujourd’hui, et le soutien à l’agriculture pour que, demain, les Congolais puissent se nourrir eux-mêmes. Est-ce une utopie ? Non, mais cela exige une volonté politique et des financements à la hauteur du drame.
En attendant, Maman Jeanne et des millions d’autres continuent de fixer l’horizon, espérant un miracle. Le temps presse. Les semis n’attendront pas. Et les estomacs vides, encore moins.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
