C’est une image qui heurte, un constat qui alarme. À l’arrêt Entrée Kimwenza, dans la commune de Mont Ngafula, les trottoirs ne sont plus des passages pour piétons : ils sont devenus une décharge Mont Ngafula à ciel ouvert, un symbole criant de l’insalubrité à Kinshasa. Des montagnes de sacs plastiques, de restes alimentaires en décomposition et d’objets hétéroclites recouvrent le sol, dégageant des odeurs pestilentielles qui prennent à la gorge. Une marée d’immondices sur les trottoirs qui, jour après jour, grignote l’espace et la santé des riverains.
Comment en est-on arrivé là ? Dans ce quartier de la cité Pumbu, la vie quotidienne est rythmée par un ballet infernal entre commerçants, motards et embouteillages. Mais depuis quelques semaines, c’est une autre danse qui se joue : celle des déchets que l’on jette sans scrupule. « Les gens du marché viennent déverser leurs poubelles ici, et personne ne dit rien », confie une habitante excédée, la voix noyée par l’écho des klaxons. Chaque jour, des dizaines de vendeurs des marchés environnants se débarrassent de leurs résidus sur cette voie devenue exutoire, transformant le bitume en un tapis nauséabond. Le résultat ? Une asphyxie progressive du quartier, où la puanteur se mêle aux gaz d’échappement, aggravant les risques de maladies respiratoires et de contaminations.
Face à cette insalubrité Kinshasa qui s’enracine, la colère monte. Les riverains pointent du doigt l’incivisme des commerçants, mais ces derniers se défendent en évoquant un cercle vicieux. « Nous payons des taxes pour le salongo, mais les nettoyages promis n’ont jamais lieu. Alors, comment voulez-vous que nous travaillions proprement ? » explique une vendeuse. Une situation qui révèle un système défaillant : des agents de police ponctionnent des frais d’entretien sans que le balai ne passe jamais, tandis que les marchandises se vendent au milieu des détritus. Qui achèterait des aliments exposés aux miasmes ? La question reste sans réponse, et le commerce s’étiole, piégé par sa propre pollution.
Le bourgmestre Mont Ngafula, Séverin Lumbu, ne cache pas son exaspération. « Il est anormal de trouver des immondices à côté d’un Centre d’information et d’animation territoriale. Chaque samedi, nous évacuons ces déchets, mais les riverains les rapportent aussitôt. » Un aveu d’impuissance qui en dit long sur l’ampleur du fléau. L’autorité communale promet des sanctions contre les contrevenants pris en flagrant délit, mais ces paroles suffiront-elles à endiguer la crise ? En attendant, les trottoirs de l’arrêt Entrée Kimwenza continuent d’étouffer sous un linceul de plastique, pendant que les habitants retiennent leur souffle.
Cette décharge à ciel ouvert n’est pas une fatalité. Elle est le symptôme d’une ville qui peine à gérer ses déchets, où chaque citoyen oublie que son trottoir n’est pas une poubelle. La nature urbaine lance un cri d’alarme : étouffée par les immondices, la terre ne respire plus, et avec elle, c’est tout un quartier qui bascule dans une urgence sanitaire. Faudra-t-il attendre que l’épidémie frappe pour agir ? Les solutions existent : collectes régulières, sensibilisation, responsabilisation. Mais à Kinshasa, le temps presse, et chaque jour qui passe transforme un peu plus les rues de Mont Ngafula en des dépotoirs que la pluie emportera vers la rivière, amplifiant le désastre écologique. Un seul geste peut tout changer : ne plus détourner le regard et, surtout, ne plus jeter.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
