À l’occasion de la Journée internationale de la famille, célébrée chaque 15 mai, une réalité s’impose dans le paysage urbain de Kananga, au Kasaï‑Central. Ici, la survie des ménages ne repose plus sur les épaules des hommes, mais sur la détermination silencieuse des femmes. Un constat poignant qui se lit dans les ruelles du marché Dibamba Bukemayi, dans la commune de Ndesha, où des centaines de commerçantes kananga défient la précarité à coups de petits commerces.
Bernadette Ngalula, quarante-deux ans, veuve depuis sept ans, est l’un de ces visages. Sur son étal, des bottes de légumes verts, quelques bidons d’huile et un sourire usé par les épreuves. « J’ai huit enfants. Mon mari est mort. Si je ne vends pas chaque jour, personne ne mangera », confie-t-elle, la voix nouée. Grâce à son modeste commerce, elle parvient non seulement à nourrir sa famille, mais aussi à payer les frais de scolarité de ses enfants. Un paradoxe dans une région où le travail formel se fait rare, et où le rôle traditionnel de l’homme comme pourvoyeur s’étiole.
À quelques mètres, Julie Mbombo dispose ses aubergines et tomates avec soin. Son mari, sans emploi depuis des années, reste à la maison. « C’est moi qui supporte presque tout : école, santé, nourriture. Lui essaye, mais il n’y a pas de travail. Alors je me bats », explique-t-elle. La scène n’est pas isolée. Dans la ville de Kananga, d’innombrables mères de famille commerçantes portent ainsi le poids de la survie des ménages, vendeuses de braises, d’huile de palme ou de manioc, travaillant du matin au crépuscule.
Comment en est-on arrivé là ? La crise économique persistante, le manque d’emplois pour les hommes, le décès prématuré de nombreux pères ou l’absence de politiques sociales fortes ont créé un terreau où les femmes kananga petits commerces deviennent le pilier incontournable. À travers le Kasaï‑Central, la survie des ménages se monnaie au jour le jour sur les étals de fortune. Une réalité qui interpelle à l’heure où la Journée internationale de la famille rdc rappelle l’importance d’une cellule familiale stable et protégée. Mais que vaut cette célébration quand, chaque jour, des femmes s’épuisent à boucher les trous d’un système défaillant ?
Derrière les chiffres de l’économie informelle se cache un sacrifice permanent. Ces commerçantes kananga ne se contentent pas de vendre ; elles éduquent, soignent, bâtissent l’avenir. Bernadette Ngalula rêve de voir ses enfants terminer l’école, décrocher un emploi décent. Mais sans filet de sécurité, un seul imprévu — une maladie, une mauvaise récolte — suffit à basculer dans le gouffre. La question résonne : qui soutient réellement ces héroïnes du quotidien ? Les initiatives étatiques ou non gouvernementales peinent à se déployer durablement à Kananga, laissant ces femmes seules face à leur combat.
Le constat dépasse les frontières de la ville. Partout au Kasaï‑Central, la survie des ménages repose sur une économie parallèle féminine, invisible dans les comptes nationaux mais vitale dans les assiettes. Les témoignages de Bernadette et Julie ne sont que la partie émergée d’un iceberg social immense. Alors que le 15 mai célèbre officiellement la famille, l’urgence serait de reconnaître et de soutenir ces mères de famille commerçantes qui, sans bruit, empêchent leurs foyers de sombrer. Sans elles, que deviendraient ces enfants ? La réponse se trouve peut-être dans l’organisation de ces femmes en coopératives, l’accès au microcrédit ou la création de programmes d’accompagnement adaptés.
Ainsi, à Kananga, la Journée internationale de la famille ne devrait pas être qu’un symbole. Elle devrait être l’occasion de réfléchir aux moyens concrets d’alléger le fardeau de ces piliers discrets de la société congolaise. Car leur force, aussi admirable soit-elle, ne saurait masquer une injustice profonde : celle d’un système qui délaisse ses citoyens et oblige les plus vulnérables à en payer le prix. Le courage des femmes kananga petits commerces mérite mieux qu’un éloge annuel ; il mérite une action publique à la hauteur de leur sacrifice.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
