« Pendant des années, j’ai vu des collègues féminines écartées des postes de responsabilité, simplement parce qu’on considérait qu’une femme ne pouvait pas diriger une équipe avec la même autorité. »
Cette confidence, rapportée par un participant à la formation genre organisée à Kinshasa ce mercredi 13 mai, illustre l’ampleur du défi. Pendant deux jours, le ministère du Genre, Famille et Enfant, avec l’appui de l’Union européenne, s’attaque frontalement aux préjugés qui minent l’administration publique congolaise.
Visiblement, il ne s’agit plus d’un simple séminaire théorique. Dans une salle de la capitale, des membres des cellules sectorielles genre planchent sur des cas concrets. Leur mission : intégrer l’approche genre dans les politiques publiques, dès la conception des projets sectoriels. Une gageure quand on sait que, bien souvent, les budgets ignorent encore les besoins différenciés des femmes et des hommes.
« Nous ne parlons pas seulement de droits des femmes, mais d’efficacité de l’État », martèle l’une des expertes, Marcella, dépêchée par l’Union européenne. Avec Chantal Mushiku, experte nationale, elles distillent les notions fondamentales : distinction entre sexe et genre, impact des stéréotypes, cadre juridique et, surtout, budgétisation sensible au genre. Un terme technique qui cache une réalité simple : un hôpital construit sans penser aux besoins de santé maternelle, une route sans éclairage public qui expose les femmes aux violences, autant d’oublis qui coûtent cher à la société.
Les travaux en groupe révèlent l’ampleur des freins. Un participant témoigne : « Dans mon ministère, une femme qui prend la parole en réunion est souvent interrompue. Si elle insiste, on la traite d’autoritaire. Jamais un homme ne subit ce traitement. » Un autre ajoute : « Les dossiers de promotion pour les femmes traînent toujours plus longtemps que ceux des hommes, sous prétexte qu’elles pourraient tomber enceintes. » Ces stéréotypes, identifiés et nommés, ne sont plus des fatalités, mais des obstacles que la formation entend déconstruire.
Le cadre juridique congolais existe pourtant : la Constitution consacre l’égalité hommes-femmes, plusieurs lois et politiques publiques ont été adoptées. Mais entre le texte et la réalité, le fossé reste abyssal. Combien de ministères appliquent vraiment les circulaires sur l’intégration du genre ? Combien de plans d’action sectoriels incluent des indicateurs sexospécifiques ? La formation, en fournissant des outils d’élaboration de plans d’action, cherche à transformer les bonnes intentions en actes concrets.
L’approche est subtile : il ne s’agit pas de pointer des coupables, mais de montrer que tout le monde y gagne. Une administration publique sensible au genre, c’est une administration plus performante, capable de répondre aux besoins réels de la population. À Kinshasa, cette session s’inscrit dans une continuité, après celles destinées aux secrétaires généraux et aux directeurs des études. Preuve que l’État prend conscience de l’urgence.
Pourtant, des questions demeurent. Ces formations, aussi utiles soient-elles, suffiront-elles à changer des mentalités ancrées depuis des décennies ? L’intégration genre ne risque-t-elle pas de rester une coquille vide si aucun mécanisme de suivi et de sanction n’est mis en place ? Les participantes, car les femmes sont majoritaires dans ces cellules, auront-elles le pouvoir d’influencer réellement les arbitrages budgétaires ?
La route vers l’égalité hommes-femmes en RDC est semée d’embûches. Mais en formant les acteurs de l’administration publique à déconstruire les stéréotypes et à budgétiser autrement, le ministère du Genre et l’Union européenne posent une pierre essentielle. Le véritable test viendra dans six mois, quand il faudra évaluer combien de ces plans d’action ont été concrétisés. D’ici là, le combat continue, une idée reçue après l’autre.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
