Le feuilleton politico-judiciaire qui secoue l’Assemblée provinciale du Kongo-Central connaît un nouveau rebondissement. Réhabilité le 7 mai par la Cour constitutionnelle, Papy Mantezolo Diatezua a repris possession de son perchoir, ce mercredi 13 mai, avec une déclaration qui a immédiatement figé l’atmosphère : « Considérez qu’il n’y a jamais eu un autre bureau. Jusqu’à preuve du contraire, selon l’esprit de l’arrêt, tous les actes posés par le bureau illégal sont nuls et de nul effet ». En une phrase, le président ressuscité de l’organe délibérant a tenté d’effacer plusieurs mois de gestion parallèle. Mais cette chirurgie institutionnelle, si elle apaise momentanément les partisans de Mantezolo, soulève déjà une cascade d’interrogations sur la stabilité de la province.
Pour comprendre la portée de cette sortie, il faut remonter au 7 octobre dernier, lorsque Papy Mantezolo était brutalement destitué pour des accusations présumées de détournement de deniers publics. Un bureau concurrent, qualifié depuis d’« illégal », avait aussitôt pris les rênes de l’Assemblée provinciale, engageant la province dans une période de flottement administratif. La Cour constitutionnelle, saisie pour trancher ce conflit de légitimité, a finalement ordonné la réhabilitation de Mantezolo, estimant que sa destitution n’était pas conforme à la loi. Dès la notification de l’arrêt, ce mercredi, l’intéressé a retrouvé son fauteuil présidentiel, comme si de rien n’était.
« Nous venons de reprendre le perchoir, non pour un combat-retour, mais pour la continuité. Nous ne pensons pas qu’il est temps de venir se battre dans cet hémicycle. Nous continuerons à exercer comme l’église au milieu du village », a déclaré Papy Mantezolo.
Derrière ces mots empreints de sérénité, se cache pourtant une décision lourde de conséquences. En décrétant la nullité des actes de l’ex-bureau, Mantezolo ne se contente pas de rectifier une injustice supposée : il provoque un vide juridique potentiellement explosif. Toutes les délibérations, les motions, les engagements signés pendant son absence pourraient être considérés comme caducs. Une situation qui interroge : combien de contrats, de nominations, de décisions budgétaires devront-ils être revisités ? L’invitation à « ne pas assassiner la province », adressée par le président réinstallé, sonne davantage comme un avertissement à ses adversaires que comme une main tendue.
L’ironie de ce retour au perchoir n’échappe à personne. L’homme qui avait été écarté pour mauvaise gestion promet aujourd’hui de s’amender et de mieux servir la population. Il reconnaît des erreurs passées et appelle à un contrôle rigoureux des finances publiques, tout en dénonçant la chute drastique des recettes du Kongo-Central, qu’il attribue à « des batailles politiques stériles ». Ce mea culpa, teinté de reproches à peine voilés envers le bureau déchu, pose une question dérangeante : la réhabilitation par la Cour constitutionnelle efface-t-elle aussi les griefs qui ont conduit à la destitution ?
Le feuilleton est loin d’être terminé. Papy Mantezolo a annoncé que son bureau examinera bientôt le réquisitoire du procureur général près la Cour de cassation, lequel vise des poursuites judiciaires contre le gouverneur de province. Une plénière de l’Assemblée provinciale devra ensuite décider de la suite à donner. En liant son sort à ce dossier sensible, le président réinstallé choisit d’emblée de peser sur l’agenda politique régional, comme pour mieux verrouiller sa fragile légitimité.
Reste à savoir si cette réinstallation marquera la fin des déchirements ou le début d’une nouvelle phase de guérilla institutionnelle au Kongo-Central. La balle est désormais dans le camp d’une Assemblée provinciale plus que jamais fracturée, obligée de cohabiter avec un bureau dont chaque membre sait que ses actes pourraient, à tout moment, être réduits à néant. L’avenir dira si cette résurrection politique n’est qu’un répit avant de nouvelles turbulences.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
