À peine réinstallé dans le fauteuil de président de l’Assemblée provinciale du Kongo-Central, Papy Mantezolo Diatezua a tiré un trait radical sur des mois d’intérim contesté. Mercredi 13 mai, dans un hémicycle encore chargé de tensions, le ressuscité politique a prononcé une sentence sans appel : tous les actes posés par le bureau qu’il qualifie d’« illégal » sont désormais frappés de nullité. Cette déclaration, lourde de conséquences pour la gestion de la province, intervient six jours après l’arrêt de la Cour constitutionnelle réhabilitant l’élu destitué en octobre 2025. Une décision judiciaire qui, si elle scelle définitivement la victoire juridique de Mantezolo, ouvre désormais un nouveau théâtre d’incertitudes institutionnelles.
La Cour constitutionnelle, dans sa sagesse, n’a pas simplement annulé une éviction. Elle a réécrit le chapitre le plus houleux de l’histoire parlementaire du Kongo-Central. Le 7 mai, les neuf juges de la haute cour ont estimé que la destitution de Papy Mantezolo, prononcée le 7 octobre dernier pour des accusations de détournement de deniers publics, était entachée d’irrégularités. Un camouflet pour ses adversaires politiques et une réhabilitation qui, sans blanchir totalement l’homme de ses erreurs passées, lui confère une légitimité renforcée. Fort de cette caution, le désormais incontournable président peut affirmer que « tous les actes posés par le bureau illégal sont nuls et de nul effet ». Une arme juridique que d’aucuns jugent à double tranchant. Jusqu’où cette épée de Damoclès rétroactive va-t-elle s’abattre ? Les contrats signés, les délibérations adoptées et les décisions prises par l’équipe concurrente pourraient-ils être purement et simplement effacés ? La question, posée à haute voix par de nombreux observateurs, plane tel un nuage menaçant sur les administrations provinciales déjà fragilisées.
Devant la presse, Mantezolo a pourtant voulu rassurer. Dans une métaphore habile — « Nous venons de reprendre le perchoir, non pour un combat-retour, mais pour la continuité. Nous continuerons à exercer comme l’église au milieu du village » — il a appelé à tourner la page des « batailles politiques stériles » qui, selon lui, auraient précipité la chute des recettes du Kongo-Central. Mais derrière cette douceur pastorale, l’ex-déchu ne cache guère ses ambitions : réviser une gestion qu’il juge désastreuse, contrôler les finances publiques « sans assassiner la province » et surtout, examiner le réquisitoire du procureur général près la Cour de cassation visant le gouverneur de la province. Une mission que l’assemblée plénière, sous sa houlette, devra trancher. Ce calendrier judiciaire personnel pourrait vite transformer le « pardon » affiché en instrument de règlement de comptes.
Ce retour aux affaires relève-t-il d’une simple continuité institutionnelle ou d’une audacieuse reprise en main ? Les aveux mêmes de Mantezolo sur ses « erreurs » — il a reconnu que sa gestion passée avait suscité des plaintes — brouillent les cartes. Le président réhabilité promet de s’amender, mais en brandissant la nullité des actes de ses successeurs, il impose une vérité : pendant sept mois, l’Assemblée provinciale du Kongo-Central a fonctionné avec un bureau « illégal ». Une thèse qui, si elle était poussée jusqu’au bout, pourrait avoir des répercussions en cascade sur les décisions budgétaires et les relations avec le gouvernement provincial. La stabilité politique, déjà parent pauvre de cette législature, se retrouve suspendue à l’interprétation d’un arrêt constitutionnel.
L’ironie de la situation n’échappe à personne. Ce même Kongo-Central, poumon économique du pays, voit ses recettes fondre pendant qu’élus et administrateurs se livrent à des joutes juridico-politiques sans fin. Mantezolo fustige ces « batailles stériles » mais, d’un revers de phrase, congédie tout l’édifice construit en son absence. L’art de la politique congolaise ne manque décidément pas de panache. Reste à savoir si la Cour constitutionnelle, en tranchant le nœud gordien de la présidence provinciale, a véritablement éteint l’incendie ou simplement changé de pyromane. Prochain épisode sous les lambris de Matadi.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
