AccueilActualitéSantéMinova : crise des soins maternels après le retrait de la Banque...

Minova : crise des soins maternels après le retrait de la Banque mondiale

Le retrait soudain d’un financement international peut agir comme une onde de choc sur un système de santé déjà vulnérable. À Minova, cité stratégique coincée entre Goma et Bukavu, cette secousse a pris la forme d’une crise sanitaire sans précédent. Depuis que la Banque mondiale a suspendu son appui via le Programme Multisectoriel de Nutrition et de Santé (PMNS), l’accès aux soins maternels s’est brutalement dégradé, plongeant des centaines de femmes et de nouveau-nés dans une précarité médicale inquiétante.

MSF Sud-Kivu, qui œuvre dans cette zone depuis des années, a tiré la sonnette d’alarme en ce début d’année 2026. L’organisation humanitaire constate que le retrait du financement de la Banque mondiale en RDC a eu des conséquences immédiates et dramatiques. À l’hôpital général de référence de Minova, les services de maternité et de néonatologie ne sont plus gratuits : une césarienne coûte désormais jusqu’à 100 dollars et la prise en charge d’un prématuré 50 dollars. Une somme hors de portée pour la plupart des familles de cette région rurale et enclavée, où les conflits armés entre groupes Wazalendo, FARDC et AFC/M23 aggravent chaque jour la pauvreté.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la fréquentation de la maternité a chuté de 34 % en janvier et février 2026 par rapport à la même période l’année précédente. Comme un barrage qui cède sous la pression, cette désertion des soins professionnels entraîne une cascade de risques. Les femmes enceintes, confrontées à l’impossibilité de payer, restent hospitalisées des jours, voire des semaines, ou renoncent tout simplement à l’assistance médicale. Elles se tournent alors vers des accouchements à domicile, avec tout ce que cela implique de danger pour la mère et l’enfant. Une patiente, hospitalisée en janvier, témoigne sans détour : « Nous sommes désespérées, inquiètes pour nos bébés. Certaines d’entre nous sont ici depuis plus de deux semaines sans espoir de payer. »

Comment un système de santé peut-il absorber un tel choc ? Face à cette hémorragie de patientes, l’HGR de Minova a dû s’adapter en urgence, mais ses capacités restent limitées. L’établissement fonctionne avec des réserves de médicaments en rupture, du personnel souvent non rémunéré et des équipements vétustes. Et ce n’est pas tout : le centre hospitalier de Numbi, soutenu par MSF et l’un des rares à offrir des soins gratuits dans la région, se retrouve submergé. Début 2026, le taux d’occupation des lits en maternité dépassait les 217 %, contre 95 % en octobre 2025. Imaginez plus de deux femmes partageant un seul lit de douleur – une image qui illustre l’effondrement graduel.

Cette saturation du système intervient dans un contexte épidémique explosif. Rougeole, choléra, Mpox menacent à tout moment de frapper des populations affaiblies par la malnutrition, particulièrement dans les hauts plateaux. « Sans relais opérationnel et financement rapide, les services essentiels de santé risquent de s’effondrer, avec des conséquences directes sur la mortalité maternelle et infantile au Sud-Kivu », prévient Issa Moussa, chef de mission MSF au Sud Kivu. Son message est clair : la dégradation n’épargne aucun programme national – paludisme, tuberculose, VIH, vaccination – tous sont à l’arrêt dans de nombreuses zones faute de logistique et de fonds.

MSF a accepté de reprendre en mars 2026 les activités de la maternité et de la néonatologie à l’HGR de Minova pour éviter le pire. En un mois, ses équipes ont assisté 107 accouchements, dont 48 césariennes, et admis 41 enfants en soins néonatals. Une bouée de sauvetage temporaire, mais qui ne saurait masquer l’urgence d’une solution durable. « On ne peut se substituer indéfiniment aux autorités sanitaires », martèle l’ONG.

Que se passera-t-il si les bailleurs ne revoient pas leur copie ? La question est posée à tous les acteurs. MSF appelle à une mobilisation immédiate : les bailleurs de fonds doivent reconsidérer leur désengagement du secteur santé au Sud-Kivu, les humanitaires doivent renforcer leur coordination à Minova, et les parties au conflit doivent garantir un accès sécurisé aux soins. Plus largement, il s’agit de replacer le Sud-Kivu au cœur de la réponse à la crise dans l’Est de la RDC. Car ce qui se joue à Minova dépasse une simple question de budget : c’est le droit élémentaire à la vie et à la santé qui est menacé.

Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd

Commenter
Amissi G
Amissi G
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Are you human? Please solve:Captcha


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 12 Mai 2026

Le 12 mai 2026 en RDC : crise politique inédite au Maniema, signature d’accords sécuritaires majeurs avec l’Ouganda, tensions xénophobes en Afrique du Sud, explosion du braconnage au Virunga, éducation fragilisée à Djugu, paix continentale au cœur du sommet de Nairobi, et coup de filet policier à Lubumbashi. Restez au fait de l’essentiel en 3 minutes.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques