Kampala a été le théâtre d’un rapprochement diplomatique majeur entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda. Les 11 et 12 mai 2026, le Président Félix Tshisekedi a effectué une visite officielle en Ouganda, répondant à l’invitation de son homologue Yoweri Kaguta Museveni. Au cœur de ce déplacement, la signature de six protocoles d’accord destinés à élargir la coopération bilatérale RDC-Ouganda dans des secteurs aussi variés que la sécurité, le commerce et l’énergie. Une étape décisive pour deux nations que l’histoire, la géographie et la culture lient intimement.
Cette signature découle directement des travaux de la 9ᵉ session de la Commission permanente mixte, tenue à Kampala du 8 au 10 mai. Quinze membres des gouvernements congolais et ougandais y ont planché durant trois jours au sein de quatre sous-commissions — économique, politique et diplomatique, défense et sécurité, commerce et transport. Objectif : évaluer l’exécution des recommandations de la session précédente, organisée à Kinshasa, et valider de nouveaux instruments juridiques. Les discussions ont ainsi abouti à des textes concrets, paraphés en présence des deux chefs d’État au State House d’Entebbe.
Parmi les accords signés figurent un mémorandum d’entente sur la coopération en administration publique, un autre sur les technologies de l’information et de la communication, et un accord relatif à l’utilisation interétatique des installations de recherche et de sauvetage en temps de paix. Le volet économique n’est pas en reste : les deux pays ont également validé un cadre bilatéral pour renforcer le commerce, un partenariat entre l’Autorité des zones franches ougandaises et l’Agence nationale de promotion des exportations (Anapex), ainsi qu’un mémorandum sur le développement touristique. Cette diversité illustre la volonté d’une coopération bilatérale RDC-Ouganda transversale, dépassant le seul cadre sécuritaire.
Cependant, la sécurité demeure, de l’aveu même de Yoweri Museveni, « la priorité numéro un ». Les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, en proie à une instabilité chronique, ont concentré les échanges entre les deux dirigeants et leurs états-majors. Le président ougandais a révélé que des consultations militaires avaient eu lieu pour définir les actions nécessaires à la sécurité Nord-Kivu Ituri. « Nous avons donc échangé avec nos militaires sur ce qu’il fallait faire », a-t-il expliqué, réaffirmant l’engagement des deux armées à coordonner leurs efforts face aux groupes armés. Cette insistance répond aux attentes des populations congolaises, confrontées quotidiennement à la violence.
La visite de Félix Tshisekedi en Ouganda a aussi permis d’aborder des projets d’infrastructures cruciaux. La route Kasindi–Beni–Butembo, axe commercial stratégique, et le corridor Chikorongo–Mpondwe ont été évoqués comme chantiers prioritaires. Mais c’est sur le plan énergétique que l’annonce la plus marquante a été faite. Yoweri Museveni a salué une proposition innovante du président congolais concernant le champ pétrolier du lac Albert, dont le gisement est partagé de part et d’autre de la frontière. L’Ouganda ayant déjà développé un pipeline et une raffinerie, la RDC pourrait, selon les termes de l’accord envisagé, prendre part au projet. « Il a proposé, et j’ai accepté, que puisque l’Ouganda a déjà développé le pipeline et travaille actuellement sur la raffinerie, le Congo puisse également participer à ce projet », a déclaré le chef de l’État ougandais. Un pas vers une intégration énergétique qui transformerait le potentiel commun en source de prospérité mutuelle.
Ce renforcement des liens intervient dans un contexte régional tendu. Alors que Kinshasa multiplie les initiatives de coopération bilatérale RDC-Ouganda, ses relations avec le Rwanda voisin continuent de se détériorer, la RDC accusant Kigali de soutenir la rébellion de l’AFC/M23 dans l’est du pays. Le partenariat Yoweri Museveni-Félix Tshisekedi, souvent qualifié de pragmatique, semble donc dessiner une nouvelle géopolitique dans la région des Grands Lacs. En s’arrimant davantage à Kampala, la RDC cherche-t-elle un contrepoids face à l’influence rwandaise ? La question est sur toutes les lèvres des observateurs.
Les accords signés à Entebbe ne sont que le début d’un processus. Leur mise en œuvre exigera une volonté politique constante et des mécanismes de suivi efficaces. Derrière les signatures d’accords RDC Ouganda, les peuples congolais et ougandais attendent des retombées concrètes : une frontière sûre, des échanges simplifiés, des emplois créés. Yoweri Museveni l’a d’ailleurs rappelé dans son allocution : « Les gouvernements africains ne devraient pas entraver le commerce et la liberté de circulation de leurs citoyens. Ces accords constituent un pas dans la bonne direction. » Un pas qui, espèrent les deux capitales, mènera à une ère de stabilité et de croissance partagée.
En définitive, cette visite éclair de Félix Tshisekedi en Ouganda aura posé les jalons d’une coopération bilatérale RDC-Ouganda renouvelée. Du sauvetage en mer au tourisme, en passant par la défense et l’énergie, les six textes adoptés témoignent d’une ambition commune. Reste à transformer l’essai sur le terrain, notamment au Nord-Kivu et en Ituri, où la population guette des résultats tangibles. Pour la RDC, ce rapprochement est aussi un message adressé aux autres voisins : la quête de sécurité et de développement passe par des alliances pragmatiques, ancrées dans le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
