La quête d’une paix totale dans l’Est de la République démocratique du Congo demeure un mirage, malgré les efforts diplomatiques déployés ces derniers mois. Le président français Emmanuel Macron a regretté, lors d’une interview exclusive accordée à France 24, RFI et TV5 Monde, que l’accord de paix conclu en décembre entre Kinshasa et Kigali sous l’égide de l’ancien président américain Donald Trump n’ait pas apporté la stabilité escomptée. « Il n’y a pas totalement la paix si on est honnête », a-t-il concédé, appelant à une approche moins punitive et plus coopérative pour sortir de l’impasse.
Les déclarations du chef de l’État français, faites en marge du sommet Forward Africa à Nairobi, au Kenya, interviennent alors que l’insécurité persiste dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, théâtres de violences récurrentes attribuées à des groupes armés soutenus par le Rwanda voisin. L’accord du 23 décembre, censé instaurer un cessez-le-feu et le retrait des forces non invitées, n’a jamais totalement pris effet. Dans ce contexte, le récent train de sanctions adopté par Washington contre plusieurs personnalités rwandaises et la Force de défense rwandaise (RDF) a secoué la diplomatie régionale.
Pour Emmanuel Macron, ces mesures coercitives risquent de produire l’effet inverse de celui recherché. « Si aujourd’hui tout le monde se précipite parce que les Américains l’ont fait, à mettre le Rwanda au banc, il y a peu de chances qu’on convainque le Rwanda d’avoir une politique coopérative », a-t-il averti. Le dirigeant français prône un « retour aux principes » et un apaisement des tensions, en remettant les protagonistes autour de la table avec l’ensemble des médiateurs. Il insiste sur la nécessité d’un dialogue respectueux, condition sine qua non pour débloquer une situation qu’il juge plus complexe qu’un simple bras de fer militaire.
Les sanctions américaines, dévoilées en mars par le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC), visent nommément Stanislas Gashugi, Ruki Karusisi, Mubarakh Muganga, alias « MK MUBARKH », et Vincent Nyakarundi, ainsi que la RDF. Leurs avoirs sous juridiction américaine sont gelés, et toute transaction avec des ressortissants ou entreprises des États-Unis leur est interdite. L’administration Trump a justifié ce tour de vis par le soutien avéré de Kigali à la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23), accusée d’exactions massives et de déplacements forcés de populations.
Pourtant, Emmanuel Macron semble vouloir dépasser cette logique de sanctions. Il a réitéré sa conviction qu’un dialogue approfondi entre le président congolais Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame, et si possible élargi à l’Ouganda et aux autres États de la région, est la voie la plus plausible vers une résolution durable. « C’est ce que je ferai pour la France : un dialogue respectueux qui engage avec le président Kagame, le président Tshisekedi », a-t-il martelé, en rappelant que les objectifs de Paris consistent à clarifier la réalité des forces en présence et à faire la lumière sur les prédations économiques qui gangrènent l’Est de la RDC.
Cette approche nuancée reflète les dilemmes auxquels la communauté internationale est confrontée. D’un côté, les preuves de l’implication rwandaise documentées par les Nations unies justifient des mesures fermes ; de l’autre, isoler Kigali pourrait radicaliser sa position et compromettre toute perspective de négociation. La position de Macron, qui n’est pas sans rappeler le pragmatisme français lors de crises antérieures, mise sur le levier diplomatique plutôt que sur la contrainte unilatérale. Reste à savoir si les autres puissances, à commencer par les États-Unis, accepteront d’aligner leurs stratégies sur ce triptyque : apaisement, dialogue régional et pression coordonnée.
Alors que les populations civiles de l’Est de la RDC continuent de payer le prix fort de l’instabilité chronique, le temps presse. L’absence prolongée de paix entame la crédibilité des accords signés et alimente un cycle de violences dont les répercussions humanitaires dépassent les frontières congolaises. Le plaidoyer de Macron pour une diplomatie patiente et multilatérale pourrait offrir une lueur d’espoir – à condition qu’il soit suivi d’effets concrets et non de simples incantations. La prochaine réunion des médiateurs, si elle se tient, devra trancher entre la fermeté des sanctions et l’élan du dialogue pour redonner une chance à la paix dans la région des Grands Lacs.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
