AccueilActualitéInternationalÀ Nairobi, la médiation africaine à l'épreuve du sommet Africa Forward

À Nairobi, la médiation africaine à l’épreuve du sommet Africa Forward

Nairobi a accueilli, lundi 11 mai, une séquence décisive du sommet Africa Forward, entièrement dédiée aux crises de paix et de sécurité qui minent le continent africain. Coprésidée par Jean-Noël Barrot, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, et son homologue kényan Musalia Mudavadi, cette réunion de travail a rassemblé près de 40 pays et organisations régionales. Parmi eux, la République démocratique du Congo, pays emblématique des conflits enlisés, était représentée par Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’État aux Affaires étrangères. Loin des déclarations convenues, cette rencontre a surtout mis en lumière le fossé grandissant entre les initiatives diplomatiques et la réalité d’un terrain où la paix reste un vœu pieux. La médiation africaine peut-elle encore inverser la tendance ?

Le décor est connu : l’est de la RDC demeure le théâtre d’une guerre aux multiples visages, où s’affrontent l’armée congolaise et la rébellion de l’AFC/M23, sur fond de tensions persistantes entre Kinshasa et Kigali. Les processus de paix, aussi sophistiqués soient-ils sur le papier, se heurtent à une défiance réciproque. Le rendez-vous de Montreux, sous l’égide du Qatar, avait suscité l’espoir d’une désescalade. Il a accouché d’accusations mutuelles de violation des engagements, notamment après de nouvelles attaques de drones. Simultanément, les pourparlers de Washington, pilotés par les États-Unis, peinent à dépasser le stade des intentions. Chaque partie interprète à sa manière les clauses des accords, rendant leur mise en œuvre quasi impossible. Pendant ce temps, les populations de l’Est continuent de payer le prix d’un conflit qui semble ignoré par les lumières des capitales.

Face à cette impasse, l’Union africaine avait pourtant dévoilé, en janvier dernier à Lomé, une architecture de médiation ambitieuse. Placée sous l’autorité du président togolais Faure Gnassingbé, elle s’appuie sur cinq cofacilitateurs – d’anciens chefs d’État chargés de thématiques spécifiques. Olusegun Obasanjo supervise les questions militaires, Sahle-Work Zewde l’humanitaire, Uhuru Kenyatta le dialogue avec les groupes armés, Mokgweetsi Masisi la coopération économique et Catherine Samba-Panza la réconciliation et le rôle des femmes. Un secrétariat conjoint implique le Togo, l’UA, la Communauté d’Afrique de l’Est, la SADC et la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. Un édifice impressionnant, mais dont l’impact reste à démontrer. Près de six mois plus tard, l’UA demeure peu audible dans une région où la défiance envers les médiations extérieures ne cesse de croître. Comment expliquer une telle discrétion ? Peut-être parce que, sur le terrain, la guerre obéit à des logiques qui échappent aux chronogrammes des diplomates.

La réunion de Nairobi a tenté de redonner un souffle à cet effort collectif. Dans un communiqué, le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères a insisté sur « l’importance du soutien aux médiations africaines ainsi que du renforcement du rôle de l’Union africaine dans la prévention, la gestion et la résolution des crises ». Les conclusions seront présentées aux chefs d’État et de gouvernement ce mardi 12 mai, avant d’être portées à Addis-Abeba lors d’une rencontre inédite entre le président de la République française, le Secrétaire général des Nations unies et le président de la Commission africaine. Un format qui traduit la volonté de créer une synergie entre organisations régionales et partenaires internationaux, mais qui suscite aussi des interrogations. La multiplication des enceintes ne dilue-t-elle pas la responsabilité ? Comme le rappelle un analyste des dynamiques régionales, « quand tout le monde est à la manœuvre, personne ne l’est vraiment ». À Nairobi, Thérèse Kayikwamba Wagner a pu plaider pour une approche plus cohérente et pour une pression diplomatique accrue sur les belligérants qui violent les cessez-le-feu. Mais les mots ne suffisent plus.

La route vers une paix durable en Afrique – et particulièrement dans l’Est congolais – est jonchée d’initiatives mort-nées. Le sommet Africa Forward aura au moins eu le mérite de remettre cette urgence au centre de l’agenda continental. Reste à savoir si la mobilisation constatée à Nairobi débouchera sur des actes concrets ou si, une fois de plus, les communiqués officiels serviront de cache-misère à une diplomatie à bout de souffle.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd

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