Masisi, territoire meurtri du Nord-Kivu, s’enfonce un peu plus dans la spirale de l’insécurité. Entre vendredi et samedi 9 mai, une série d’incidents armés a plongé des milliers de civils dans la terreur et l’exode. Le marché de Mushaki pilonné, des milices qui s’entredéchirent à Ufamandu, et au bout du chaos, des familles entières jetées sur les routes. Comment parler de trêve quand les armes dictent leur loi ?
Vendredi, peu après 16 heures, l’agglomération de Mushaki a été secouée par deux frappes successives. Selon des sources locales, il s’agit d’attaques menées par des drones militaires. Les projectiles ont frappé les zones périphériques de cette cité située à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Goma, dans la chefferie des Bahunde. En plein après-midi, alors que le marché public battait son plein sous occupation des rebelles de l’AFC-M23, les détonations ont provoqué un mouvement de panique. Des civils ont été blessés dans l’effondrement de structures précaires. L’activité commerciale, poumon économique déjà asphyxié par le conflit, a été brutalement interrompue.
Presque au même moment, des affrontements violents opposaient deux groupes armés locaux dans les groupements d’Ufamandu 1 et 2, au sud du territoire, entre la chefferie des Bahunde et le secteur de Katoyi. Combattants Maï-Maï Lamuka, fidèles à Maachano, et miliciens du groupe CLD dirigé par Obedi Ngabo se sont livré bataille dans les villages de Kaleta, Bunyabaiti et Kirambo. Des accrochages qui ont duré jusqu’à samedi, nourris par des rivalités anciennes. Le bilan, encore provisoire, fait état d’une femme grièvement blessée, d’au moins quatre autres personnes atteintes, et de plusieurs cas de pillages. Les habitations ont été vidées, les maigres réserves emportées.
Face à cette déferlante de violence, les déplacés se comptent par centaines. Les familles d’Ufamandu ont fui vers Biolo, Mbeshe-Mbeshe et Nairobi, localités du territoire voisin de Walikale. D’autres, venant de l’axe Mushaki-Matanda, ont trouvé un refuge précaire à Sake, où les camps débordent déjà. Ces nouveaux mouvements de population aggravent une crise humanitaire que la guerre entre l’armée congolaise et la rébellion AFC/M23 n’a cessé d’attiser. La société civile locale tire la sonnette d’alarme : l’accès aux soins, à l’eau et à la nourriture devient critique.
Alors que les combats entre les Forces armées de la RDC et l’AFC-M23 se poursuivent dans la région, ces accrochages entre milices rajoutent une couche de chaos. Mushaki, carrefour stratégique, est devenue un point de fixation de la tension. Les frappes de drone, attribuées à l’armée, visent à déstabiliser les positions rebelles, mais elles frappent surtout au cœur la population. Les questions pressantes demeurent : jusqu’à quand les civils paieront-ils le prix d’un conflit qui les dépasse ? Les réponses deviennent urgentes.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
