À Kananga, la chaleur de ce vendredi 9 mai n’avait rien d’étouffant. À quelques pas du marché central, sous l’ombre clairsemée d’un manguier, une foule bigarrée – jeunes en tongs, mères portant leurs enfants, anciens combattants – écoutait, suspendue aux lèvres d’un homme. John Anipenda, porte-parole de la Caravane panafricaine pour la paix, venait de lâcher une phrase qui claquait comme un défi : « La jeunesse ne doit plus être un instrument de violence, mais plutôt le moteur d’un changement positif pour le développement de la République démocratique du Congo. »
Arrivée de Kinshasa, la délégation de cette organisation itinérante n’a pas choisi Kananga par hasard. Chef-lieu du Kasaï-Central, cette ville a soif de stabilité, après avoir été déchirée par des vagues de violence intercommunautaire. Ici, comme ailleurs en RDC, les jeunes restent la cible privilégiée des discours de haine et des manipulations politiques. Combien de ces visages, à peine sortis de l’adolescence, ont été embrigadés, armés, dressés contre leurs propres voisins ?
La Caravane panafricaine pour la paix, mouvement né d’une conviction panafricaine et d’un refus des divisions, a choisi de s’adresser directement à cette jeunesse. Pendant deux jours, les échanges se sont multipliés : discussions informelles au coin des rues, rencontres dans des salles paroissiales, dialogues avec des chefs coutumiers et des représentants de la société civile. Ce message, qui lie de manière indissociable jeunes et résolution des conflits, rencontre un écho particulier. John Anipenda le martèle : « Nous semons des graines de cohésion nationale RDC. Si nous ne le faisons pas, qui le fera ? » Une question qui pèse lourd dans un pays où l’unité nationale est constamment mise à l’épreuve par des conflits instrumentalisés.
Au cœur des débats, la lutte contre les discours de haine a occupé une place centrale. « Les mots tuent avant les machettes », a lancé un jeune enseignant lors d’une séance. Et c’est précisément pour désamorcer ces bombes rhétoriques que la caravane insiste sur l’éducation à la paix. Plutôt que de simples slogans, les ateliers ont offert des pistes concrètes : comment identifier une manipulation politique, comment déconstruire un préjugé ethnique, comment transformer sa colère en action citoyenne non-violente.
Mais la mobilisation des jeunes ne se décrète pas. Elle se construit dans la confiance. Témoin ce groupe d’étudiants de l’université de Kananga, venus spontanément après avoir entendu parler de l’initiative. « On nous dit souvent que nous sommes l’avenir, mais on ne nous donne jamais la parole », confie l’un d’eux, visiblement ému. La Caravane panafricaine pour la paix a justement inversé ce schéma : des espaces d’expression ont été aménagés, où les jeunes ont pu partager leurs peurs, leurs espoirs et leurs idées pour une paix durable à Kananga.
La dimension panafricaine de l’organisation ajoute une résonance particulière. L’idée que la jeunesse congolaise n’est pas isolée, qu’un même combat pour la paix unit les jeunes du continent, galvanise. « Nous ne sommes pas seuls », semblent dire les sourires échangés. Et si la résolution des conflits passait d’abord par ce sentiment d’appartenance à une communauté plus large, dépassant les clivages locaux ?
Le défi est immense. La paix à Kananga ne se résumera pas à une caravane, aussi inspirante soit-elle. Elle exigera des efforts constants, des politiques publiques de réconciliation, des opportunités économiques pour cette jeunesse trop souvent désœuvrée. Mais en plantant la graine de l’espoir, en rappelant que chaque jeune peut être un acteur de changement, la Caravane panafricaine pour la paix a fait un pas essentiel. L’équation est simple : sans jeunes engagés, point de cohésion nationale pérenne. La RDC, qui aspire à tourner la page des violences, le sait bien.
Alors, à Kananga, un vendredi de mai, sous le manguier, peut-être que quelque chose a germé. Non pas un discours de plus, mais une promesse silencieuse : celle d’une génération qui refuse désormais d’être un simple instrument. Et si c’était cela, le vrai moteur de la paix ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
