Le contrat de modernisation de l’aéroport de Tshikapa, signé avec la société Horizon Corporation, a été résilié ce samedi 9 mai. Une décision lourde de conséquences, prise après le constat d’un retard cumulé de près de onze mois dans l’exécution des travaux. La mission conjointe de l’Agence congolaise des grands travaux (ACGT) et de l’entreprise chinoise SISC SA, fer de lance du programme sino-congolais, a tranché net : face à une insuffisance de résultats criante, il fallait changer de cap.
Comment un projet aussi structurant pour le Kasaï a-t-il pu déraper à ce point ? La délégation conduite par le superviseur Richi Loota a procédé à une inspection technique approfondie du chantier. Les experts n’ont pas seulement relevé un avancement squelettique ; ils ont aussi alerté sur le non-respect des normes techniques imposées par le cahier des charges. Le constat est amer : la piste de l’aéroport, loin d’être modernisée, est aujourd’hui menacée par une érosion qui pourrait la cisailler en deux, annihilant tout espoir de connectivité régionale.
Ce retrait de contrat tombe comme un couperet pour Horizon Corporation, mais il envoie surtout un signal économique fort. Dans un contexte où les infrastructures sont le socle de la croissance, la RDC ne peut se permettre de voir ses chantiers s’enliser. Onze mois de retard, c’est autant de trafic aérien régulier perdu, d’opportunités commerciales envolées et de populations laissées pour compte. La province du Kasaï, pauvre en routes praticables, mise sur cet aéroport pour rompre son isolement. Chaque jour d’immobilisme se traduit en manque à gagner pour les opérateurs miniers, les commerçants et les voyageurs.
La décision de réaffecter les travaux à un autre sous-traitant de SISC SA n’est donc pas un simple tour de passe-passe contractuel. Elle illustre une volonté de reprise en main et un renforcement des mécanismes d’évaluation des projets sino-congolais. « Tous les dispositifs sont en place pour accélérer l’exécution », a promis Richi Loota, qui a rencontré le gouverneur du Kasaï, Crispin Mukendi, pour lui exposer les conclusions préliminaires. Les autorités provinciales, qui voyaient dans la modernisation aéroport Tshikapa un levier de développement, ont pris acte de ce changement de locataire avec un espoir prudent.
Désormais, tous les regards se tournent vers le prochain sous-traitant. Saura-t-il éviter les errements de son prédécesseur ? Pour l’ACGT et SISC SA, la pression est double : il faut à la fois sauver les travaux Kasaï et restaurer la crédibilité d’un programme sino-congolais dont la réputation est engagée. La lutte contre l’érosion, qui menace non seulement la piste mais aussi les fondations des installations, exigera une approche technique rigoureuse et un suivi sans faille. L’arrivée de la saison des pluies ajoute une urgence supplémentaire.
La modernisation des aéroports secondaires congolais est un maillon essentiel de la stratégie gouvernementale visant à désenclaver le pays. Si l’échec de Tshikapa venait à se répéter, c’est toute la confiance des bailleurs et des populations qui serait ébranlée. Pour l’heure, la page Horizon Corporation semble tournée. Le défi consiste maintenant à transformer ce retrait en renaissance, pour que l’aéroport de Tshikapa ne soit plus un symbole de stagnation, mais un hub dynamique au cœur du Kasaï.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
