Une fracture profonde a déchiré l’Assemblée provinciale du Maniema ce vendredi 8 mai à Kindu. L’adoption de l’interpellation du gouverneur du Maniema, Moïse Kabwankubi, a mis en lumière une division brutale des députés provinciaux. Au cœur de cette guerre de procédure : la gestion de plusieurs fonds publics que l’exécutif peine à justifier.
L’initiative, portée par le député Amisi Abdallah, visait à contraindre le chef de l’exécutif à s’expliquer sur l’utilisation des fonds secrets de recherche, de la taxe conventionnelle et des fonds de solidarité scolaire versés par les parents d’élèves. Une demande de transparence qui, sur le papier, semblait rassembler. Mais la réalité politique a vite rattrapé les intentions affichées.
Treize des vingt-deux députés que compte l’Assemblée provinciale du Maniema ont voté contre cette interpellation. Non pas contre l’idée d’entendre le gouverneur, clament-ils, mais contre une procédure qu’ils jugent bafouée. Le député Blaise Bitangalo a ainsi dénoncé avec véhémence une adoption forcée : « Le gouverneur ne viendra pas, parce que sur les 22 députés, 13 ont voté contre son interpellation. Nous ne sommes pas contre son arrivée, mais la procédure n’a pas été respectée. C’est le temple de la démocratie, et c’est la démocratie qui doit triompher. » Une allusion à peine voilée au président de l’Assemblée, qui, en déclarant l’interpellation adoptée, a peut-être mésestimé le poids symbolique de son propre règlement intérieur.
Face à eux, les partisans de l’interpellation, menés par Ngongo Kitenge, invoquent le droit imprescriptible à l’information. Pour ces élus, permettre au gouverneur Moïse Kabwankubi de s’expliquer est un impératif démocratique. « Je fais partie des députés qui estiment que le gouverneur doit venir devant l’Assemblée provinciale pour expliquer à la population le bien-fondé de ces questions », a-t-il martelé, ajoutant avec une pointe d’ironie que l’on pouvait presque entendre grincer les dents de ses collègues : « afin de savoir comment le gouverneur travaille pour le compte de la population ».
Cette interpellation survient dans un climat politique déjà délétère, exacerbant la division des députés du Maniema. Les relations entre l’exécutif provincial et l’Assemblée provinciale n’ont cessé de se dégrader autour des épineux chapitres de la gestion des finances publiques et du suivi des projets de développement. On peut légitimement s’interroger : cette interpellation est-elle une simple manœuvre pour fragiliser un gouverneur déjà sur la corde raide, ou l’expression sincère d’un besoin de reddition des comptes ?
La bataille procédurale qui s’est jouée vendredi ressemble à un match nul aux allures de défaite pour l’institution. Si le gouverneur Moïse Kabwankubi peut se réclamer d’une majorité de 13 voix opposées à sa convocation, il hérite d’une Assemblée fracturée qui aura bien du mal à peser dans les prochains débats budgétaires. Les députés opposés à la démarche ont promis des sanctions contre leur président, menaçant d’aggraver une crise qui pourrait paralyser l’action publique provinciale.
En déclarant l’interpellation adoptée malgré le rejet majoritaire, le président de l’organe délibérant s’est exposé à une fragilisation durable. Une question se pose : peut-on gouverner une province lorsque le temple de la démocratie s’effrite sur ses fondations ? Alors que le gouverneur Kabwankubi n’a toujours pas répondu présent, la population du Maniema observe, médusée, un spectacle politique où la forme semble vouloir enterrer le fond. Et si, finalement, les seuls à perdre étaient les citoyens en attente de réponses concrètes sur la gestion de leurs deniers publics ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
