La séance plénière de l’Assemblée provinciale du Maniema, tenue ce vendredi 8 mai à Kindu, a viré à un psychodrame parlementaire. En cause : l’interpellation du gouverneur Moïse Kabwankubi, adoptée dans une ambiance électrique par le président de l’organe délibérant, mais rejetée sur le fond par une majorité de députés provinciaux. Simple contrôle démocratique ou manœuvre de déstabilisation ? La question taraude les esprits alors que les tensions politiques en Maniema prennent une tournure de plus en plus personnelle.
À l’origine de cette convocation explosive, le député Amisi Abdallah a sollicité des éclaircissements sur la gestion de trois enveloppes nébuleuses : les fonds secrets de recherche, les recettes issues de la taxe conventionnelle et les fonds de solidarité scolaire versés par les parents d’élèves. Des sujets qui touchent au nerf de la gouvernance provinciale et que l’élu entend voir expliqués devant la représentation provinciale. Une démarche, a-t-il soutenu, purement républicaine.
Mais la session a rapidement révélé une fracture béante au sein de l’hémicycle. D’un côté, le député Ngongo Kitenge défend bec et ongles le droit à l’information : « Je fais partie des députés qui estiment que le gouverneur doit venir devant l’Assemblée provinciale pour expliquer à la population le bien-fondé de ces questions », a-t-il martelé, évoquant les taxes conventionnelles et les infrastructures. Une posture qui se veut l’incarnation du contrôle parlementaire, pilier de la démocratie.
De l’autre côté, la colère gronde. Le député Blaise Bitangalo, porte-voix des opposants à l’interpellation, a dénoncé une violation caractérisée du règlement intérieur. Selon lui, 13 des 22 députés que compte l’Assemblée provinciale du Maniema auraient voté contre la venue du gouverneur. « Le président est notre émanation, et s’il se compromet, il sera sanctionné », a-t-il tonné, transformant la salle en ring politique. Pour ce camp, le temple de la démocratie a été profané par un passage en force du bureau.
La déclaration du président, annonçant l’adoption de l’interpellation, a donc été perçue comme une provocation. L’opposition interne accuse le bureau d’avoir fait fi des voix majoritaires et d’avoir instrumentalisé la procédure. Cette crise ouvre une brèche dangereuse. L’Assemblée provinciale du Maniema, censée être le contre-pouvoir, montre des signes d’implosion qui pourraient neutraliser sa capacité de contrôle et laisser l’exécutif seul maître du jeu.
L’analyse politique impose de lire au-delà des péripéties procédurales. L’interpellation du gouverneur Moïse Kabwankubi survient dans un contexte de tensions politiques en Maniema qui ne datent pas d’hier. Les relations entre l’exécutif provincial et les députés provinciaux se sont continuellement crispées autour de la gestion des finances publiques et des projets de développement. Chaque camp soupçonne l’autre de manœuvres occultes. Au centre de la tourmente, les fonds spéciaux, ces « boîtes noires » que l’opposition provinciale rêve d’éventer, symbolisent la défiance.
Se pose alors une question cruciale : le gouverneur Moïse Kabwankubi se pliera-t-il à une convocation adoptée dans de telles conditions de contestation ? Le camp Bitangalo a déjà prévenu : « Le gouverneur ne viendra pas. » Si l’exécutif refuse de déférer, le bras de fer institutionnel risque de se muer en paralysie. Au contraire, s’il se présente, il devra naviguer dans un hémicycle aux allures de champ de mines, avec une majorité factuelle qui lui est hostile.
Au-delà du cas personnel du gouverneur, c’est la légitimité même de l’Assemblée provinciale qui est écornée. Un bureau qui passe outre la volonté de 13 élus sur 22 hypothèque la confiance dans les institutions. Les prochaines séances s’annoncent houleuses, et certains députés pourraient activer d’autres leviers, comme une motion de défiance ou une saisine de la Cour constitutionnelle, pour rétablir ce qu’ils appellent « l’autorité du règlement intérieur ». Une chose est sûre : dans le microcosme politique du Maniema, l’interpellation avortée du gouverneur Moïse Kabwankubi aura révélé des lignes de faille qui pourraient précipiter une recomposition des rapports de force. La démocratie provinciale en ressortira-t-elle grandie ou durablement fracturée ? L’avenir, et les urnes, le diront.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
