Le spectre du troisième mandat plane-t-il à nouveau sur la République Démocratique du Congo ? La question taraude l’opinion, alors que les lignes bougent dans l’arène politique. Vendredi dernier, Martin Fayulu, coordonnateur de la plateforme d’opposition LAMUKA, a élevé la voix avec une fermeté sans équivoque, annonçant une mobilisation populaire de grande ampleur pour contrer toute tentative de prolongation anticonstitutionnelle du pouvoir.
Face à ses partisans et à la presse, l’opposant historique a réagi aux récentes déclarations du Président Félix Tshisekedi, tenues la veille lors d’une conférence de presse à Kinshasa. Pour Martin Fayulu, le débat autour des articles 87 à 90 de la Constitution – évoqué dans les cercles proches du pouvoir – n’est rien de moins qu’une entorse grave à l’ordre constitutionnel. « Nous allons mobiliser le peuple », a-t-il martelé. « Le peuple m’entend. Je serai devant le peuple congolais pour barrer la route à Monsieur Tshisekedi s’il tente un troisième mandat. »
Cet appel à la résistance populaire ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans une mémoire politique encore vive. Martin Fayulu a rappelé la lutte commune menée avec Félix Tshisekedi lui-même contre le troisième mandat de Joseph Kabila, à l’époque où ce dernier cherchait à s’accrocher au pouvoir. « Nous avions fixé une ligne rouge : le troisième mandat. Kabila n’en a pas eu. Tshisekedi n’en aura pas non plus », a-t-il insisté, avant d’ajouter : « Après Dieu, c’est le peuple. Et ce peuple a décidé qu’il n’y aura jamais quelqu’un dans ce pays qui fera un troisième mandat. »
Ces propos interviennent dans un climat politique de plus en plus lourd, marqué par des rumeurs insistantes de révision ou de changement constitutionnel. La tension est palpable, et chaque sortie médiatique ajoute une pierre à l’édifice des inquiétudes. L’opposition congolaise, dans son ensemble, semble se regrouper autour d’un front du refus. Avant Martin Fayulu, un autre poids lourd de l’opposition RDC, Delly Sessanga, président du parti ENVOL, avait déjà pris position. Il s’était dit fermement opposé à toute prolongation du mandat présidentiel, estimant que le pays ne peut se permettre un nouveau cycle de déstabilisation institutionnelle. L’appel de Sessanga à une résistance démocratique résonne désormais avec la détermination affichée par Fayulu.
La mobilisation populaire évoquée par le leader de LAMUKA n’est pas un vain mot. Dans un pays où la rue a souvent été le dernier rempart contre les dérives autoritaires, ces déclarations prennent un relief particulier. La population, déjà éprouvée par les crises sécuritaires et économiques, observera-t-elle un simple jeu de postures ou se laissera-t-elle entraîner dans un bras de fer ouvert ? L’histoire récente de la RDC montre que la question du troisième mandat est une poudrière. En 2016-2017, le pays avait été au bord de l’explosion face aux manœuvres de Joseph Kabila. Aujourd’hui, les acteurs ont changé, mais le scénario semble, pour certains, terriblement familier.
Pour Martin Fayulu, l’intransigeance est totale. Il n’envisage aucun compromis sur ce qu’il considère comme la ligne rouge constitutionnelle. Sa posture pourrait galvaniser une opposition RDC souvent fragmentée, et créer un momentum qui dépasserait les clivages partisans. La mobilisation populaire annoncée pourrait ainsi devenir le catalyseur d’un mouvement plus large, fédérant non seulement les partis politiques mais aussi la société civile et les confessions religieuses, traditionnels arbitres des crises congolaises.
Du côté du camp présidentiel, le silence est pour l’instant la règle. Félix Tshisekedi n’a pas directement répondu à cette levée de boucliers, se contentant lors de sa conférence de presse d’évoquer la nécessité de « réfléchir à une nouvelle Constitution adaptée aux réalités du pays », une formule qui a jeté le trouble. Beaucoup y ont vu un pas vers un éventuel troisième mandat. L’ambiguïté savamment entretenue nourrit les spéculations et tend un peu plus la corde.
Face à cela, Martin Fayulu fait le pari de la rue. « Je serai devant le peuple », répète-t-il. Reste à savoir si cet appel sera suivi par une population lassée par des années de promesses non tenues, et si la mobilisation populaire annoncée pourra dépasser la simple déclaration d’intention. Une chose est sûre : le débat sur le troisième mandat est désormais sur la place publique, et il promet d’animer les prochains mois politiques en République Démocratique du Congo. L’opposition a lancé l’alerte ; à la population de décider si elle veut, une fois de plus, écrire sa propre histoire.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
