Le débat institutionnel congolais vient de franchir un nouveau cap. Dans une déclaration aux accents de mise en garde, le coordonnateur de la plateforme LAMUKA, Martin Fayulu, a promis vendredi une mobilisation populaire pour contrer toute tentative de prolongation du pouvoir en dehors du cadre constitutionnel. Cette sortie enflammée intervient au lendemain d’une conférence de presse du président Félix Tshisekedi, dont les propos sur d’éventuels ajustements constitutionnels ont ravivé les craintes d’un troisième mandat en RDC.
Devant ses partisans, l’opposant a dressé une ligne rouge : « Nous allons mobiliser le peuple. Je serai devant le peuple congolais pour barrer la route à M. Félix Tshisekedi s’il tente un troisième mandat. » Des mots qui résonnent comme un écho du combat mené contre Joseph Kabila, époque durant laquelle le même front de refus s’était formé. Martin Fayulu n’a pas manqué de rappeler que cette bataille avait jadis uni Félix Tshisekedi à ses côtés. « Nous avions fixé une ligne rouge : le troisième mandat. Tshisekedi n’en aura pas non plus », a-t-il martelé, invoquant le pouvoir suprême du peuple.
Le leader de LAMUKA cible particulièrement les articles 87 à 90 de la Constitution, évoqués dans le débat actuel, qu’il qualifie d’« entorse grave à l’ordre constitutionnel ». Pour lui, ces dispositions, si elles sont révisées ou interprétées de manière extensionniste, pourraient ouvrir la voie à un nouveau mandat du chef de l’État. Cette lecture alarmiste trouve un écho au sein de l’opposition, cristallisant une méfiance généralisée envers toute initiative touchant à la loi fondamentale.
Ce n’est d’ailleurs pas un isolé qui s’élève. Avant Fayulu, le président du parti ENVOL, Delly Sessanga, avait lui aussi dénoncé toute possibilité de prolongation du pouvoir, appelant les forces démocratiques à s’opposer fermement à ce qu’il considère comme un risque majeur de replonger la RDC dans un cycle de tensions institutionnelles. Ainsi, l’opposition Constitution RDC se structure autour d’un même mot d’ordre : le respect intangible des limites de mandat.
Félix Tshisekedi se retrouve donc pris dans un piège narratif. En 2018, il incarnait l’espoir d’une alternance démocratique contre un troisième mandat honni. Aujourd’hui, ses déclarations sont scrutées avec la même suspicion, comme si l’Histoire se répétait. L’ironie est à peine voilée : celui qui promettait le renouveau se voit accusé de préparer le même schéma que son prédécesseur, avec pour seule défense un appel à la révision constitutionnelle dont les contours restent flous.
La mobilisation annoncée par LAMUKA mobilisation n’est pas qu’une formule rhétorique. Elle place le pays dans une attente politique potentiellement explosive. Si Fayulu parvient à fédérer au-delà de sa base, le gouvernement pourrait faire face à une contestation populaire d’ampleur, rappelant les journées de 2017-2018 qui avaient ébranlé le régime Kabila. Mais la fenêtre d’opportunité est étroite : l’opposition devra transformer la grogne constitutionnelle en mouvement tangible, tout en évitant une répression qui ne manquerait pas de s’abattre.
Au-delà des postures, c’est bien la question du mandat qui focalise toutes les énergies. Le troisième mandat RDC est devenu un épouvantail politique, un tabou constitutionnel que personne ne veut assumer ouvertement, mais dont le spectre ressurgit dès que l’on parle de révision. Martin Fayulu troisième mandat, en invoquant la rue, joue une carte à haut risque : celle de prouver que le peuple, qu’il vénère dans son discours, est prêt à se lever une fois encore pour défendre la Constitution. Le bras de fer ne fait que commencer, et Kinshasa retient son souffle.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
