AccueilActualitéJusticePhilémon Mambabwa : 3 ans requis, la justice militaire à l'épreuve

Philémon Mambabwa : 3 ans requis, la justice militaire à l’épreuve

Le ministère public a requis, jeudi dernier, une peine de trois ans de servitude pénale à l’encontre de Philémon Mambabwa Zebo, administrateur principal et chef du département d’appui à l’Agence nationale des renseignements (ANR), lors de la douzième audience du procès qui se tient devant la cour militaire de Kinshasa/Gombe. Ce réquisitoire est assorti de vingt jours de servitude pénale contre les policiers coaccusés, qualifiés par la juridiction de « délinquants primaires », dans une affaire de torture impliquant les enfants de l’ancienne ministre Marie-Ange Mushobekwa. La gravité des faits et le statut de l’accusé confèrent à cette audience une résonance particulière au sein de l’opinion publique congolaise.

Philémon Mambabwa est poursuivi pour torture et incitation de militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline, des chefs d’accusation qui renvoient aux sévices corporels infligés aux fils de Marie-Ange Mushobekwa, notamment Claudien Likulia Lifoma, au domicile même du haut cadre de l’ANR. Selon les éléments versés au dossier, les victimes auraient subi des flagellations ordonnées personnellement par M. Mambabwa. L’un des jeunes hommes s’est évanoui sous les coups et doit désormais subir une intervention chirurgicale, ce qui alourdit le bilan médical de ces actes qualifiés par la cour de « délinquances primaires », une expression qui, dans le langage judiciaire militaire, désigne des infractions commises sans circonstances aggravantes particulières.

La réaction des parties civiles ne s’est pas fait attendre. « Trois ans de servitude pénale, c’est trop peu par rapport à ce que dit la loi. On pouvait même donner cinq ans », a confié un proche du dossier, en marge de l’audience. Cette source a établi un parallèle troublant avec l’affaire du général Yav, condamné à vingt ans de réclusion pour des faits similaires d’incitation de militaires, soulignant ce qui apparaît à ses yeux comme une clémence disproportionnée. « J’ai peur qu’on nous parle de circonstances atténuantes », a-t-elle ajouté, exprimant les craintes des parties civiles face à un possible adoucissement de la sentence, alors que la défense n’a pas encore présenté ses arguments.

Ce procès, impliquant un administrateur de l’ANR régulièrement cité comme proche de l’entourage du chef de l’État, Félix Tshisekedi, est scruté de près par l’opinion publique. Il constitue, de l’avis de nombreux observateurs, un véritable test pour la justice militaire en République démocratique du Congo. L’indépendance et l’impartialité de cette juridiction sont mises en balance, dans un contexte où les attentes citoyennes en matière de lutte contre l’impunité n’ont jamais été aussi élevées. La torture à Kinshasa, en particulier lorsqu’elle est imputée à un haut responsable des services de renseignement, ravive les débats sur les zones d’ombre du pouvoir et la nécessité d’une reddition de comptes sans complaisance.

La cour militaire de Kinshasa/Gombe doit désormais entendre les plaidoiries de la défense avant de prendre la décision en délibéré. Alors que le ministère public a fixé à trois ans la durée de la réclusion, les proches des victimes espèrent une peine exemplaire, à la hauteur des souffrances infligées. La prochaine audience s’annonce capitale pour jauger la capacité de la justice militaire à rendre un verdict strictement conforme au droit, loin de toute considération politique ou relationnelle. Les yeux de Kinshasa restent rivés sur ce dossier sensible, qui pourrait marquer un tournant dans la crédibilité des institutions judiciaires congolaises.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd

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