Une nouvelle étape judiciaire a été franchie ce jeudi 7 mai dans l’affaire opposant l’auditeur général des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) au lieutenant-général Philémon Yav Irung, ancien commandant de la 3ème zone de défense. Devant la Haute Cour Militaire, le Ministère Public a requis la condamnation du prévenu à la servitude pénale à perpétuité pour des faits de trahison militaire et d’incitation de militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline.
Dans son réquisitoire, l’auditeur général des FARDC, le lieutenant-général Likulia Bakumi Lucien-René, a demandé à la Haute Cour de déclarer établies, en fait comme en droit, les infractions reprochées au général Yav. « Nous requérons qu’il plaise à la Haute Cour militaire de dire établies, en fait comme en droit, les infractions de trahison et d’incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline, et de condamner le prévenu à la servitude pénale à perpétuité pour trahison ainsi qu’à 20 ans de servitude pénale principale pour incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline. Nous demandons également l’application de l’article 7 du Code pénal militaire, en retenant la peine la plus forte, soit la servitude pénale à perpétuité », a-t-il déclaré.
Le Ministère Public fonde ses accusations sur un prétendu message découvert dans le téléphone du général Yav, message qui aurait été envoyé par le général rwandais James Kabarebe. Pour l’accusation, ce document constituerait la preuve de l’infraction de trahison. Cependant, malgré les auditions des services de renseignement, ce message n’a jamais été présenté devant la Haute Cour. Une version des faits constamment rejetée par Philémon Yav, qui affirme que ce message ne provient d’aucun officiel rwandais.
Par ailleurs, l’auditeur général a également évoqué une seconde infraction : le général Yav aurait demandé au général de brigade Evariste Mwehu Lumbu, alors commandant du secteur opérationnel Sukola II Sud au Sud-Kivu, de ne pas trop s’investir sur le front, arguant qu’en cas de victoire, celle-ci serait attribuée aux « Bangala », en allusion au gouverneur militaire du Nord-Kivu Constant Ndima.
Face à ces réquisitions, le collectif d’avocats de la défense a vigoureusement contesté les charges. Maître Carlos Ngwapitshi a dénoncé ce qu’il qualifie d’« aberration juridique », soulignant que le Ministère public n’a jamais produit le présumé message compromettant. Selon la défense, le lieutenant-général Philémon Yav ferait l’objet d’un complot orchestré par certains de ses collègues officiers, lesquels auraient mal perçu son rôle dans le commandement des opérations dans les Kivu, dans un contexte marqué par la guerre d’agression rwandaise menée à travers la rébellion de l’AFC/M23. La défense a plaidé la non-culpabilité du prévenu et sollicité son acquittement, estimant les preuves insuffisantes.
Mais cette preuve a-t-elle jamais été produite devant la Cour ? Jusqu’à présent, aucun document tangible n’a été exhibé, ce qui fragilise la thèse de l’accusation. La défense insiste sur le fait que leur client a été privé de liberté sur la base de simples rumeurs.
À l’issue de ce premier round marqué par le réquisitoire du ministère public et les répliques des avocats, le premier président de la Haute Cour militaire de la RDC a suspendu l’audience et renvoyé l’affaire au 12 mai prochain. Lors de cette prochaine séance, les débats se poursuivront avec de nouvelles répliques et les plaidoiries finales. L’issue de cette affaire, au cœur de l’actualité judiciaire congolaise, est attendue avec une attention soutenue par l’opinion publique.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
