AccueilActualitéInternationalGénocide en RDC : Samuel Mbemba enrôle la diaspora pour la reconnaissance

Génocide en RDC : Samuel Mbemba enrôle la diaspora pour la reconnaissance

Depuis Bruxelles, le ministre congolais des Droits humains, Samuel Mbemba, a lancé un cri d’alarme qui résonne désormais des rives de la Senne aux collines du Kivu. Devant une assistance composée de Congolais établis en Europe, il a invité la diaspora congolaise à se muer en fer de lance d’une campagne inédite : obtenir la reconnaissance internationale du génocide en RDC et pousser les chancelleries à infliger des sanctions Kigali. Une déclaration teintée d’urgence, qui interroge autant qu’elle mobilise.

Le décor bruxellois n’a rien d’anodin. Carrefour des institutions européennes, la capitale belge incarne ce théâtre diplomatique où se joue la crédibilité de la lutte contre l’impunité. Samuel Mbemba l’a bien compris, en exhortant l’Union européenne à emboîter le pas aux États-Unis, qui ont déjà adopté des mesures restrictives contre les responsables de l’insécurité dans l’Est de la RDC. Un alignement occidental qui, selon lui, donnerait un poids nouveau à la cause congolaise. Mais pourquoi tant de retenue jusqu’ici ? La qualification de « génocide », lourde d’obligations juridiques, reste un seuil que peu d’États acceptent de franchir sans y être contraints par une opinion publique mobilisée.

« Nous demandons à l’Union européenne de reconnaître le génocide commis en République démocratique du Congo. J’appelle également notre diaspora à s’impliquer activement, car cette cause ne concerne pas uniquement le Président de la République, Félix Tshisekedi Tshilombo, mais toute la Nation congolaise », a martelé le ministre. Ces mots, prononcés le 7 mai, font écho à une frustration longtemps intériorisée : les centaines de fosses communes du Nord-Kivu et de l’Ituri restent, pour la communauté internationale, des « atrocités de masse » sans nom.

En invitant les Congolais de l’étranger à devenir des « ambassadeurs du plaidoyer », Samuel Mbemba dessine une stratégie de contournement du silence diplomatique. La diaspora congolaise, forte de ses relais médiatiques, de ses intellectuels et de ses entrepreneurs, pourrait-elle devenir le chaînon manquant entre les survivants et les décideurs ? Le pari est audacieux, mais les précédents existent : les communautés arménienne, tutsi ou yézidie ont su, à force de constance, imposer leur mémoire dans l’agenda onusien. Reste à transformer cette énergie militante en pression concrète sur les gouvernements hôtes.

Les sanctions Kigali, réclamées par Kinshasa, visent directement les autorités rwandaises accusées d’attiser les conflits pour un accès sans entrave aux minerais congolais. Une accusation qui n’est plus l’apanage des seuls rapports des experts des Nations unies, mais trouve désormais écho dans les capitales occidentales. L’adoption de sanctions par Washington en 2024 a créé un précédent, mais l’Europe, principale pourvoyeuse d’aide au Rwanda, hésite encore. « Le régime de Kigali trouble délibérément la paix », a insisté le ministre, espérant que la diaspora saura porter ce message dans les médias et les parlements.

Ce cri du cœur dépasse le simple exercice de communication gouvernementale. Il révèle une conviction : sans une mobilisation transnationale, la reconnaissance internationale du génocide en RDC demeurera une chimère. Samuel Mbemba, en mettant la main sur cette plaie ouverte, oblige la diaspora à se regarder en miroir. Peut-elle encore se contenter de transferts financiers et de concerts de solidarité, quand l’Histoire lui tend une plume pour réécrire son récit ? L’enjeu est vertigineux : inscrire les massacres congolais dans la liste des tragédies reconnues, c’est aussi ouvrir la voie à des réparations, à des procès, et à une paix durable.

Alors que les victimes continuent d’être enterrées sans justice, l’appel de Bruxelles aura-t-il un lendemain ? La réponse dépendra de la capacité de la diaspora à transformer l’émotion en lobbying et le recueillement en actions ciblées. Une course contre l’oubli qui, pour la première fois, place les Congolais de l’étranger au centre de l’échiquier.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net

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