Les récentes pluies torrentielles qui se sont abattues sur le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu, ont laissé des stigmates bien au-delà des champs détrempés. Le centre de santé de Nyaruhange, structure vitale pour plus de 13 000 âmes, a vu l’une de ses infrastructures les plus critiques réduite à l’état de ruine : l’incinérateur, pilier de la gestion des déchets médicaux, a été détruit par les intempéries. Un drame silencieux qui menace aujourd’hui directement la sécurité sanitaire de milliers de patients, dont un grand nombre de déplacés et retournés fuyant l’instabilité régionale.
Selon Roger Bisengimana, infirmier titulaire responsable du centre, les pluies Rutshuru n’ont pas seulement balayé l’incinérateur. « Une forte pluie a détruit l’incinérateur ainsi que les trous à placentas. Même le mur de la maternité a été endommagé », rapporte-t-il, la voix empreinte d’inquiétude. Depuis deux mois, le personnel soignant se débat avec des montagnes de déchets contaminés, faute d’un outil adapté pour les neutraliser. Car un incinérateur détruit, ce n’est pas un simple équipement en panne ; c’est comme une digue qui cède face à une crue : les risques infectieux se répandent sans contrôle.
Pour comprendre la gravité de la situation, il faut saisir le rôle central de cet appareil. Dans un centre de santé, aiguilles, compresses souillées, déchets anatomiques et placentas représentent un véritable bouillon de culture pour des germes mortels. L’incinérateur agit tel un garde-fou, neutralisant ces agents pathogènes à très haute température. Sa disparition expose donc patients, soignants et visiteurs à des infections nosocomiales, des hépatites, voire des fièvres hémorragiques. « Nous continuons à utiliser cet incinérateur, malgré les dégâts », admet le responsable, soulignant l’impensable : brûler des déchets dans une structure fissurée, c’est jouer avec le feu, au sens propre comme au figuré.
Et ce n’est pas tout. Le mur endommagé de la maternité fragilise l’intimité et la sécurité des parturientes. Dans une région déjà en proie à une mortalité maternelle élevée, ce détail architectural peut faire la différence entre un accouchement sécurisé et un drame. Comment assurer des soins de qualité quand les murs menacent de s’effondrer et que les déchets s’accumulent ? Le centre de santé Nyaruhange abrite en outre un afflux constant de déplacés Nord-Kivu, des familles ayant fui les violences ou revenant d’Ouganda, souvent sans ressources. Pour ces populations vulnérables, le centre est parfois l’unique rempart contre la maladie. Or, sans aide sanitaire extérieure, la structure est livrée à elle-même.
Roger Bisengimana le martèle : « Là où il y a beaucoup de déplacés, le paiement des soins devient difficile. Nous demandons aux bienfaiteurs de venir nous aider afin de garantir des soins appropriés et une meilleure gestion des déchets. » Un appel resté sans écho, car le centre ne bénéficie d’aucun appui de partenaires humanitaires, malgré sa position stratégique sur l’axe Nyamilima-Ishasha. Cette absence d’aide sanitaire est d’autant plus cruelle que les besoins ne cessent de croître : consultations, accouchements, vaccinations, prise en charge de la malnutrition – tout repose sur des épaules épuisées.
Face à cette précarité, les conséquences pourraient rapidement dépasser le cadre local. Un foyer infectieux non maîtrisé, dans une zone de transit comme Rutshuru, peut devenir une menace pour toute la province. L’alerte est donc lancée : il est urgent de reconstruire l’incinérateur, de consolider la maternité et de doter le centre de Nyaruhange des moyens de remplir sa mission. Chaque jour qui passe sans réponse accroît la probabilité d’une catastrophe sanitaire silencieuse. Les déplacés Nord-Kivu, déjà meurtris, ne doivent pas payer une fois de plus le prix de l’indifférence.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
