La peur a encore frappé dans les rues de Goma. Ce jeudi, dans le quartier populaire de Ndosho, à Nyabushongo, le lieu-dit Bibunga a été le théâtre d’une scène de violence insoutenable. Une foule en ébullition a encerclé un homme, l’accusant avec fureur d’avoir fait disparaître le sexe d’un autre individu. Emportés par une rumeur aussi soudaine qu’inexplicable, les habitants n’ont laissé aucune chance à l’accusé. Sous une pluie de pierres, sa vie s’est éteinte, victime d’une justice populaire à Goma devenue malheureusement trop récurrente. Comment une simple rumeur peut-elle transformer des voisins en bourreaux ?
Les témoignages recueillis sur place dépeignent un climat de psychose collective. « Tout le monde criait, c’était la confusion totale. On disait qu’il avait ‘mangé’ l’organe de quelqu’un. Personne n’a cherché à vérifier, la colère était trop forte », raconte un habitant sous couvert d’anonymat, encore sous le choc. Cet incident mortel s’inscrit dans une série d’allégations persistantes de vol d’organes à Goma. Ces rumeurs, qui circulent par le bouche-à-oreille et sur les réseaux sociaux, plongent la population dans une anxiété constante, créant un terrain fertile pour des passages à l’acte d’une brutalité extrême.
Les autorités locales, elles, dénoncent fermement ces actes et les informations qui les alimentent. Le maire de la ville de Goma, Désiré Kisuba Ngabo, a immédiatement condamné ce « nouvel acte de barbarie ». Dans un communiqué, il a rappelé avec force le principe fondamental de l’État de droit : « Nul ne peut se faire justice soi-même. » Il met en garde contre les « conséquences dramatiques de la désinformation », qui conduit à la mort d’innocents. Son appel est clair : face à un cas suspect, il faut alerter la police et la justice, et non prendre la loi entre ses mains. Cet avertissement résonne alors que neuf personnes récemment interpellées dans des affaires similaires ont toutes été relâchées après vérification, faute de preuves. Certaines étaient accusées, d’autres se disaient victimes. Ce décalage entre les rumeurs et la réalité judiciaire est criant.
Mais pourquoi ces histoires de vol d’organes génitaux trouvent-elles un tel écho ? Les analystes sociaux pointent du doigt un mélange toxique de défiance envers les institutions, de précarité économique et de l’impact virulent des fausses nouvelles. Dans un contexte où l’accès à une information fiable est limité, la rumeur comble un vide, avec des effets dévastateurs. Le lynchage à Goma de ce jeudi n’est malheureusement pas un cas isolé. Il interroge la capacité d’une société à gérer la peur collective et la propagation de récits toxiques. Les rumeurs de vol d’organes en RDC ne sont pas nouvelles, mais leur résurgence à Goma montre à quel point le tissu social reste vulnérable.
Face à cette crise de confiance, les autorités tentent de réagir. Outre les mises en garde, elles appellent à la retenue et à la vigilance. « Nous invitons la population à garder son sang-froid et à ne pas céder à la panique. Toute information doit être confirmée par les services compétents », a insisté le maire. Un message qui peine pour l’instant à traverser le mur de la méfiance et de la peur. La lutte contre la désinformation est désormais un enjeu de sécurité publique à part entière. Comment reconstruire la confiance entre les citoyens et l’État pour empêcher de nouveaux drames ? La réponse à cette question est cruciale pour l’avenir de Goma et de toute la région.
L’épisode tragique de Ndosho laisse une communauté meurtrie et pose une question essentielle : jusqu’où la peur peut-elle nous mener ? Tant que les racines de cette psychose – pauvreté, manque d’éducation aux médias, faible accès à la justice – ne seront pas traitées, le risque de voir se reproduire de tels actes de justice populaire reste élevé. Le chemin vers l’apaisement sera long, mais il passe impérativement par le renforcement des institutions et un dialogue de vérité avec la population.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
