Imaginez un enfant de 8 ans qui, au lieu de préparer son cartable pour l’école, part chaque matin chercher de l’eau à plusieurs kilomètres de chez lui. Un enfant qui ne connaît ni le goût d’un repas complet, ni la sécurité d’un toit décent, ni la douceur d’un lit pour dormir. Cette réalité n’est pas une fiction, c’est le quotidien de millions d’enfants congolais, pris au piège d’une pauvreté qui les dépouille de leur enfance et de leur avenir. La pauvreté infantile en RDC n’est plus une simple statistique, c’est une urgence humanitaire qui frappe au cœur des familles et compromet l’avenir de toute une génération.
Les résultats de l’étude MODA 2025, présentés récemment par l’UNICEF RDC en collaboration avec le ministère du Plan, jettent une lumière crue sur cette tragédie silencieuse. Les chiffres sont si accablants qu’ils en deviennent presque abstraits : 74% des enfants congolais vivent dans des foyers touchés par la pauvreté monétaire. Pire encore, près de 90% d’entre eux subissent des privations multidimensionnelles enfants, étant privés d’accès à au moins quatre services essentiels sur sept. L’éducation, l’alimentation, l’eau potable, l’assainissement, l’information, le logement et les soins de santé – autant de droits fondamentaux qui restent des luxes inaccessibles pour la majorité des jeunes Congolais.
Comment une nation aussi riche en ressources naturelles peut-elle laisser ses enfants grandir dans une telle précarité ? La question hante les experts et les décideurs qui se sont réunis lors d’un atelier de validation technique. Daniel Epembe, secrétaire général au Plan, ne mâche pas ses mots : « La République démocratique du Congo demeure confrontée à une pauvreté persistante et multidimensionnelle. Ces réalités interpellent notre responsabilité collective et exigent des réponses politiques fondées sur des données scientifiques robustes ». Son constat est corroboré par les données les plus récentes : 73,5% de la population congolaise vit sous le seuil pauvreté RDC international fixé à 2,15 dollars par jour.
Mais derrière ces pourcentages se cache une géographie de la souffrance qui dessine une RDC à plusieurs vitesses. Mariame Sylla, représentante de l’UNICEF en RDC, alerte sur les disparités régionales criantes : « La situation est particulièrement préoccupante en milieu rural et dans certaines provinces où le niveau de privations dépasse 90%, confirmant le caractère structurel et profondément enraciné de la pauvreté infantile ». Ces zones, souvent oubliées des politiques publiques, deviennent des pièges à pauvreté où se transmettent, de génération en génération, les mêmes privations et les mêmes exclusions.
Le tableau est d’autant plus sombre que ces privations multidimensionnelles enfants commencent dès la naissance. L’absence d’enregistrement des naissances pour des milliers d’enfants les prive d’existence légale et, par conséquent, d’accès à leurs droits les plus fondamentaux. Sans identité officielle, comment prétendre à l’éducation, à la santé, à la protection ? Comment briser le cycle de la pauvreté quand on naît déjà invisible aux yeux de l’État ?
Face à cette situation d’urgence, l’étude MODA 2025 ne se contente pas de dresser un constat alarmant. Elle ouvre également des pistes d’action concrètes. Les participants à l’atelier ont plaidé pour la mise en œuvre d’un plan stratégique national visant à accélérer l’atteinte des Objectifs de développement durable. Une approche intégrée qui combinerait des transferts monétaires ciblés aux familles les plus vulnérables avec des investissements massifs dans les services sociaux de base.
Mais au-delà des politiques publiques, c’est toute la société congolaise qui est interpellée. La pauvreté infantile en RDC n’est pas seulement une question économique, c’est un enjeu de justice sociale et de cohésion nationale. Quel avenir peut construire un pays où neuf enfants sur dix grandissent privés de leurs droits les plus élémentaires ? Comment parler de développement quand la majorité de la future génération d’actifs arrive sur le marché du travail avec les séquelles physiques et cognitives de la malnutrition et du manque d’éducation ?
Le nouveau seuil international de pauvreté, actualisé par la Banque mondiale à 3 dollars internationaux par jour, rappelle cruellement l’ampleur du chemin à parcourir. En RDC, des millions de familles survivent avec bien moins que cela, condamnées à l’extrême pauvreté dans un pays au potentiel inouï. La balle est désormais dans le camp des décideurs, mais aussi dans celui de la communauté internationale et de la société civile. L’UNICEF RDC continue de sonner l’alarme, mais sans une mobilisation collective et des actions concrètes, les chiffres de la prochaine étude MODA risquent d’être encore plus accablants. Le temps n’est plus aux constats, mais à l’action. Car chaque enfant qui grandit dans la pauvreté aujourd’hui, c’est un adulte brisé demain, et un potentiel perdu pour la reconstruction de la nation.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
