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Après la grève, le marché Bakuadianga rouvre mais la colère fiscale persiste

Le grand marché Bakuadianga, plaque tournante du commerce dans la commune de Dibindi, a renoué mardi avec une activité frénétique, après une journée de paralysie totale. Cette reprise, cependant, ne saurait masquer les profondes fractures qui secouent le tissu économique local. La grogne des commerçants, cristallisée par les nouvelles modalités de l’impôt annuel sur les micro-entreprises, a jeté une lumière crue sur les défis de la fiscalité en République Démocratique du Congo. Alors que les étals de vêtements, de chaussures et de produits de première nécessité ont retrouvé leur animation, la question sous-jacente demeure : comment concilier les impératifs de l’État en matière de recettes et la survie des très petites entreprises ?

Le cœur du conflit bat autour d’une augmentation perçue comme brutale. Selon de multiples témoignages recueillis sur place, le montant de la taxe annuelle est passé de 36 000 à 69 000 francs congolais, soit une hausse vertigineuse de près de 92%. Cette ponction, équivalente à environ 42 dollars américains, représente une somme considérable pour des commerçants dont les marges sont déjà extrêmement ténues. « On nous contraint de payer cash, sinon on confisque un article », déplore un vendeur, résumant un sentiment d’impuissance et d’injustice partagé par de nombreux opérateurs du marché Bakuadianga. Cette méthode de recouvrement, perçue comme coercitive, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, transformant un mécontentement latent en un mouvement de grève unitaire.

Face à cette levée de boucliers, la Direction générale des impôts (DGI) de Dibindi se retranche derrière le cadre légal. L’institution fiscale affirme agir en stricte application de l’arrêté ministériel du 15 février 2025, qui encadre la fiscalité des micro-entreprises en RDC. Pour les agents du fisc, cette réforme vise à élargir l’assiette fiscale et à moderniser un système souvent jugé archaïque. La DGI se présente ainsi non comme un bourreau, mais comme l’exécutant d’une politique nationale. Dans une tentative d’apaisement, le service invite les commerçants à un dialogue constructif et les encourage à mieux s’informer sur les modalités de paiement. Une promesse a été avancée : les dossiers seront désormais traités par catégorie, afin de prendre en compte les spécificités et la taille réelle de chaque activité économique. Cette approche différentielle pourrait-elle être la clé d’une trêve durable ?

L’épisode de Dibindi est loin d’être anecdotique. Il révèle les tensions structurelles qui traversent la fiscalité des micro-entreprises en RDC. D’un côté, l’État, en quête de ressources pour financer son développement, cherche à rationaliser et à augmenter ses prélèvements. De l’autre, un secteur informel omniprésent, vital pour l’emploi et la subsistance de millions de Congolais, redoute un étouffement fiscal. La grève des commerçants de Dibindi est un signal d’alarme : une imposition mal calibrée ou perçue comme injuste peut conduire à des blocages immédiats, perturbant les circuits économiques locaux et fragilisant une croissance déjà vulnérable. Le marché Bakuadianga, dans son mutisme d’une journée, a parlé haut et fort de cette équation complexe.

Quelles perspectives dessiner pour l’avenir ? La solution ne réside probablement pas dans un simple retour au statu quo ante. La modernisation de l’administration fiscale est une nécessité, mais elle doit s’accompagner d’une pédagogie renforcée et d’une équité manifeste. La promesse d’un traitement par catégorie est un premier pas, mais sa mise en œuvre transparente sera scrutée à la loupe par les commerçants. Par ailleurs, la question du recouvrement forcé mérite une réflexion approfondie : des méthodes plus souples, intégrant peut-être des échéanciers de paiement, pourraient préserver la relation de confiance, ce bien immatériel mais essentiel entre le contribuable et l’État. L’enjeu, in fine, est de transformer l’impôt micro-entreprises d’une source de conflit en un levier de formalisation et de croissance inclusive pour l’économie congolaise.

L’épisode de grève au marché Bakuadianga, bien que résorbé dans l’immédiat, laisse donc des traces profondes. Il a mis en lumière la sensibilité extrême du secteur informel congolais aux chocs fiscaux et la nécessité d’un dialogue permanent entre les autorités de la Direction générale des impôts RDC et les acteurs de terrain. La fiscalité des micro-entreprises, si elle est cruciale pour les finances publiques, doit être maniée avec un doigté exceptionnel, sous peine de voir se multiplier des mouvements de protestation qui, à terme, pourraient nuire à la stabilité économique de régions entières. La balle est désormais dans le camp des décideurs pour prouver que la loi peut rimer avec équité et pragmatisme économique.

Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net

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Amissi G
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Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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