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Bunia : les déplacés de Kigonze survivent par leurs propres moyens, l’école en suspens

« Moi, au quotidien, je vends du charbon de bois. Nous sommes 15 dans notre abri. Lorsqu’un enfant mange juste un morceau de patate douce accompagné d’un peu d’eau, cela suffit pour la journée. » Le témoignage de Georgine Nzuzi, déplacée sur le site de Kigonze à Bunia, résume à lui seul la lutte quotidienne pour la survie de milliers de familles dans l’Ituri, en République démocratique du Congo. Comment en est-on arrivé là ? Comment ces populations, chassées de leurs terres par la violence, parviennent-elles à tenir debout malgré l’effritement de l’aide internationale ?

Installés depuis 2017, ces déplacés ont fui les exactions des groupes armés dans le territoire de Djugu, laissant derrière eux leurs champs, leurs maisons, une vie. Pendant plusieurs années, une assistance alimentaire régulière des organisations humanitaires leur a permis de respirer. Mais depuis près de trois ans, cette bouée de sauvetage s’est considérablement réduite, victime collatérale de la crise humanitaire mondiale. Face à ce vide, environ 70 % d’entre eux ont dû développer des activités génératrices de revenus, plongeant dans une économie de la débrouille où chaque franc gagné est une victoire.

Autour du site, le paysage est celui d’une fourmilière laborieuse. Certains, comme Georgine, vendent du charbon de bois ou des roseaux. D’autres écoulent des légumes, des beignets, du bois de chauffage. Des femmes portent des bassines sur la tête, parcourant les chemins poussiéreux de Bunia pour un commerce de survie. D’autres encore, souvent les hommes, cultivent de petits lopins de terre aux alentours ou se proposent pour des travaux journaliers dans les quartiers voisins, payés en argent ou en nourriture. Ces initiatives, nées de la nécessité, forment la colonne vertébrale de la résilience des déplacés de l’Ituri.

Mais cette résilience a un goût amer. Malgré ces efforts surhumains, les conditions de vie des déplacés restent d’une précarité alarmante. L’argent récolté à la sueur de leur front suffit à peine à acheter de la nourriture pour la journée. Les besoins essentiels, comme les soins de santé ou l’éducation des enfants, passent au second plan. Des milliers d’enfants sur le site de Kigonze ne fréquentent pas l’école, leurs parents n’ayant pas les moyens de payer les frais scolaires, même minimes. Quel avenir se construisent-ils dans cet entre-deux ?

Dieudonné Mateso, président du comité de gestion des plaintes du site, observe cette réalité avec un mélange d’admiration et d’inquiétude. « Lorsqu’il n’y a pas d’assistance, il n’y a rien, cela oblige les déplacés à se débrouiller tant bien que mal. Nous les sensibilisons à travailler et à abandonner l’habitude de quémander ou de mendier », explique-t-il. Un discours qui prône l’autonomie, mais qui bute sur l’ampleur des besoins. Aujourd’hui, le site de Kigonze accueille environ dix-sept mille âmes. Dix-sept mille personnes qui tentent de reconstruire un semblant de normalité sur un sol d’exil.

La situation à Kigonze est un microcosme de la crise humanitaire en RDC qui affecte des millions de personnes. Elle pose des questions fondamentales sur la durabilité des solutions apportées aux déplacés internes. L’aide d’urgence est vitale, mais elle ne peut être l’unique réponse. Le développement de véritables opportunités économiques, l’accès à la terre pour cultiver, la scolarisation des enfants sont des enjeux cruciaux pour briser le cycle de la dépendance et de la précarité. Les activités génératrices de revenus actuelles sont un premier pas, mais elles ressemblent trop souvent à un bouche-trou face à un gouffre.

Que deviendront ces familles si l’attention internationale continue de se détourner ? Comment éviter que toute une génération d’enfants ne soit sacrifiée, privée d’éducation et donc d’avenir ? L’histoire des déplacés du site de Kigonze n’est pas seulement un récit de survie. C’est un miroir tendu à la communauté nationale et internationale sur l’urgence de passer du secours à l’investissement dans le développement local et la paix. La patate douce et l’eau de Georgine Nzuzi ne peuvent pas être l’horizon indépassable de milliers de Congolais.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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