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Licenciement massif RDC : les ex-travailleurs de Habari Kani SA dans l’impasse après six mois d’attente

La colère gronde dans le silence des bureaux administratifs. Imaginez : près de 350 familles congolaises, les poches vides et le futur bouché, six longs mois après avoir été brutalement remerciées. Cette image n’est pas une fiction, c’est le quotidien des anciens agents de Habari Kani SA, toujours en attente du paiement de leurs indemnités de licenciement. La rupture soudaine du contrat de partenariat avec la géante Tenge Fungurume Mining (TFM), en octobre 2025, a fait bien plus que couper un lien commercial. Elle a sectionné net le fil ténu de la sécurité économique pour des centaines de travailleurs. Mais où est passée la justice sociale quand les arrêtés ministériels restent lettre morte ?

Le cœur du problème bat dans un document officiel qui semble n’avoir de poids que sur le papier. L’arrêté du ministre de l’Emploi et du Travail, Ferdinand Massamba wa Massamba, en date du 23 mars 2026, était pourtant clair. Il enjoignait à la société TFM de verser à Habari Kani SA un préavis conventionnel de 12 mois d’indemnité transactionnelle. Cette décision faisait suite aux préjudices causés par la non-exécution d’un contrat qui devait courir jusqu’en 2029. Un cadre légal solide, une faute reconnue… et pourtant, l’impasse. Seul l’article premier de cet arrêté, celui qui acte le licenciement massif des 346 agents, a trouvé une application rapide et implacable. Une ironie amère pour ceux qui attendent, désormais, que la seconde partie de la loi les touche enfin.

Dans leur mémorandum, les délégués syndicaux lancent un cri d’alarme poignant. « Nous alertons les autorités, tant provinciale que nationale sur la non-application de l’arrêté ministériel », peut-on lire. Cette situation place, selon eux, plus d’une centaine de foyers dans une « précarité économique majeure ». Derrière ce terme administratif se cache une réalité brutale : des loyers impayés, des enfants dont la scolarité est suspendue, des assiettes qui se vident. La réclamation des travailleurs congolais n’est pas une simple formalité comptable ; c’est une question de survie digne. La société Habari Kani SA, prise en étau entre la fin d’un partenariat et l’obligation envers ses employés, se trouve dans une position délicate, attendant elle-même que TFM honore ses engagements pour pouvoir solder les comptes.

Cette affaire des indemnités TFM dépasse le cadre d’un simple litige commercial. Elle pose une question fondamentale sur le poids de la loi face aux intérêts des grands groupes miniers en République Démocratique du Congo. Jusqu’où l’État peut-il aller pour protéger les droits fondamentaux des travailleurs face à des partenariats économiques complexes ? L’arrêté ministériel sur l’emploi avait pour objectif de servir de bouclier. Son non-respect flagrant six mois après son émission en fait plutôt un épouvantail. Que doivent penser les autres sous-traitants et leurs employés ? Que les engagements ne valent que pour la partie qui les désavantage ? Cette impunité présumée mine la confiance dans le système et alimente un sentiment d’injustice profond.

L’attente des ex-agents de Habari Kani SA est devenue le symbole d’une bataille plus large pour la dignité du travail en RDC. Chaque jour sans paiement est un coup porté à la crédibilité des institutions censées réguler le marché de l’emploi et protéger les plus vulnérables. Le licenciement massif en RDC, lorsqu’il survient, ne doit pas être une condamnation à la misère. Les mécanismes de protection, comme les indemnités, existent précisément pour amortir le choc et permettre une transition. Leur blocage transforme une décision économique en drame social. Les yeux sont désormais tournés vers les autorités provinciales et nationales. Parviendront-elles à faire appliquer la loi et à donner corps à la promesse de justice contenue dans l’arrêté ministériel, ou assistera-t-on, impuissants, à l’effritement de la protection sociale pour des centaines de familles congolaises ? L’enjeu est de taille : il s’agit de définir si, dans la course aux ressources, l’humain reste une variable d’ajustement ou la priorité absolue.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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