« J’ai cru que tout était fini. » Dieudonné, revendeur de poissons salés sur le marché de Lodja, se souvient encore de la stupeur qui l’avait envahi en apprenant, il y a quelques mois, que le pont Lokenye était fragilisé par le vol d’écrous. Depuis une semaine, son témoignage a changé de tonalité : « Aujourd’hui, je dors tranquille. Les marchandises arrivent à nouveau, et je peux nourrir ma famille. »
Le pont Lokenye, structure clé sur la Route nationale numéro 7 (RN7), entre Lodja et Bena Dibele, dans la province du Sankuru, a retrouvé sa solidité. L’Office des routes a mené en urgence des travaux de réparation : les écrous dérobés ont été remplacés, et des traverses ont été soudées pour renforcer l’ouvrage. Une intervention saluée comme un soulagement collectif par les milliers d’usagers qui dépendent de cet axe pour leur survie économique.
Reliant le port fluvial de Bena Dibele, à quelque 150 kilomètres de là, au chef-lieu du territoire, le pont Lokenye est bien plus qu’un simple assemblage de métal et de bois. C’est l’unique voie d’acheminement des marchandises vers Lodja : carburant, produits manufacturés, denrées alimentaires en provenance de Kinshasa transitent obligatoirement par ce goulet. Le vol des écrous l’avait dangereusement affaibli, exposant les voyageurs à des risques de rupture, et menaçant d’asphyxier une région déjà enclavée.
Comment des individus peuvent-ils sciemment compromettre la survie de toute une population pour quelques pièces de ferraille ? Cette question hante les usagers rencontrés par Radio Okapi, samedi 16 mai. « Ils ne mesurent pas les conséquences », déplore une commerçante de la place, avant de remercier l’Office des routes pour sa réactivité. Car, depuis près d’une semaine, le pont a été sécurisé, et le trafic a repris normalement sur ce tronçon stratégique de la RN7 Lodja Bena Dibele.
Cette réparation de pont au cœur de la RDC rappelle la vulnérabilité des infrastructures dans le Sankuru. La province souffre d’un isolement chronique, aggravé par de tels actes d’incivisme. L’Office des routes du Sankuru a déployé des équipes techniques qui, au-delà du remplacement des pièces volées, ont soudé plusieurs traverses pour consolider l’ouvrage sur le long terme. Pourtant, la menace persiste : qui empêchera que de nouveaux écrous ne soient dérobés demain ?
Pour les habitants de Lodja, ce pont est un véritable cordon ombilical. Sans lui, les prix flambent, les rayons des boutiques se vident, et les familles plongent dans la précarité. L’acheminement des marchandises vers le Sankuru retrouve donc aujourd’hui un chemin plus sûr, mais à quel prix pour la collectivité ? La réparation du pont Lokenye fut certes rapide, mais elle ne doit pas faire oublier l’urgence de sécuriser durablement les infrastructures publiques contre le vol et le vandalisme.
L’épisode révèle aussi un enjeu sociétal profond : la protection du bien commun. « Ce pont n’appartient pas à l’État, il nous appartient à tous », lance un jeune motard rencontré à la sortie de l’ouvrage. Une leçon d’autant plus amère que la RN7 reste un axe vital, reliant des zones rurales souvent oubliées des grands projets routiers.
Et si, au lieu de voler les écrous, chacun s’engageait à les surveiller ? La question mérite d’être posée, à Lodja comme ailleurs. Car le pont Lokenye, symbole de résilience, montre que le développement du Sankuru ne passera pas uniquement par le béton et l’acier, mais par la conscience citoyenne.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
