La quête d’efficacité et de sécurité le long des artères commerciales de l’Afrique australe franchit une étape décisive. Ce mardi à Lubumbashi, capitale du Haut-Katanga, s’est tenu un atelier de validation déterminant pour l’avenir de la route Sud du corridor central RDC. Réunissant des délégations de la République Démocratique du Congo, de la Zambie et de la Tanzanie, cette rencontre technique avait pour objectif de sceller des réformes concrètes destinées à fluidifier les échanges et à assainir les pratiques sur cet axe stratégique. Comment transformer ce couloir, vital pour les économies nationales, en une autoroute du commerce transfrontalier Afrique sécurisée et compétitive ?
Portée par l’organisation TradeMark Africa en partenariat avec les gouvernements concernés, l’initiative s’attaque de front aux goulots d’étranglement qui grèvent la compétitivité régionale. Dans son intervention, Manasse Asama, responsable du programme économique chez TradeMark Africa, a dressé un diagnostic sans concession. « Depuis novembre 2025, nos analyses ont mis en lumière des défis persistants tels que les paiements en espèces favorisant l’opacité, l’insécurité routière Lubumbashi et ses alentours, les vols de cargaisons, la multiplication de postes de contrôle illégaux et le manque de coordination entre les institutions », a-t-il souligné. Ces dysfonctionnements constituent un tribut invisible mais colossal payé par les transporteurs et, in fine, par les économies nationales.
Les études soumises à validation proposent une réponse structurée en deux volets. Le premier concerne une réforme du système de transport maritime. Le second, au cœur des discussions de Lubumbashi, se concentre sur le renforcement du commerce et de la sécurité le long de la route Sud, avec un focus sur les axes névralgiques de Kasumbalesa et Tunduma. La proposition phare ? La généralisation d’un système de paiements électroniques frontières (cashless) aux postes de douane. Cette mesure vise à éradiquer la corruption liée aux transactions en liquide, à tracer les flux financiers et à accélérer considérablement les procédures de dédouanement. En parallèle, le déploiement de solutions technologiques de surveillance, incluant vidéosurveillance et géolocalisation des cargaisons, est envisagé pour créer un filet de sécurité numérique le long du corridor.
Ces propositions ne sont pas venues ex nihilo. Elles résultent de consultations approfondies avec l’écosystème du corridor : transporteurs, douaniers, forces de l’ordre et opérateurs privés. Une approche pragmatique déjà en partie mise en œuvre localement, comme l’a rappelé Moïse Mpanga, point focal du Corridor dans le Haut-Katanga. « Nous avons déployé des dispositifs de surveillance avec des patrouilles motorisées entre Tunduma et Lubumbashi. Ces mesures ont déjà contribué à une réduction tangible des attaques et des vols, notamment pour les précieux minerais », a-t-il affirmé. Cette sécurisation physique, couplée aux futures innovations technologiques, dessine les contours d’un corridor résilient.
L’enjeu économique est de taille. Pour la RDC, l’amélioration de cet axe est un impératif catégorique pour accroître la compétitivité de ses exportations minières RDC, notamment le cuivre et le cobalt. Actuellement, les pertes liées à l’insécurité, les délais imprévisibles et les coûts logistiques gonflés par les « frais informels » grèvent la marge des producteurs et dissuadent les investissements. Un corridor fluide et sécurisé serait un catalyseur direct pour les recettes d’exportation et le développement économique du Katanga. Il s’agit ni plus ni moins de transformer une route en un véritable levier de croissance nationale.
Au-delà des frontières congolaises, la route Sud du corridor central est l’aorte de l’intégration régionale. Elle permet l’acheminement des minerais congolais vers le port de Dar es Salaam et l’importation de biens manufacturés vers l’intérieur des terres. Son optimisation bénéficierait ainsi à toute la chaîne de valeur régionale, de la Tanzanie à la Zambie. La coordination tripartite observée à Lubumbashi est en elle-même un signal positif, indiquant une volonté politique partagée de dépasser les logiques purement nationales pour embrasser une vision commune de prospérité.
La validation de ces rapports d’étude n’est donc pas une fin, mais le véritable commencement d’un chantier opérationnel colossal. La mise en œuvre des systèmes de paiement électronique et de surveillance technologique demandera des investissements, une formation des agents et une volonté politique soutenue. Le chemin vers un corridor totalement sécurisé et efficient reste long, mais l’atelier de Lubumbashi en a tracé la feuille de route. L’économie congolaise, assoiffée de compétitivité, surveillera désormais la concrétisation sur le terrain de ces engagements. La balle est maintenant dans le camp des gouvernements et des partenaires techniques pour transformer ces propositions en réalité tangible, kilomètre après kilomètre.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
