La localité de Bule, dans le territoire de Djugu en Ituri, reste le théâtre de combats acharnés et meurtriers. Un rapport sécuritaire daté de février 2026 confirme l’intensité des affrontements entre les Forces Armées de la RDC (FARDC) et la Convention pour la Révolution Populaire (CRP), le groupe armé de Thomas Lubanga. Le contrôle de cette cité stratégique, perdu par l’armée régulière en janvier, n’a toujours pas été reconquis malgré une contre-offensive immédiate.
Selon les informations du Baromètre sécuritaire du Kivu, une bataille décisive a eu lieu le 4 février. À l’issue des violents échanges de tirs, la CRP a réussi à maintenir son emprise sur Bule, repoussant les unités des FARDC en périphérie. Une contre-attaque lancée dans la foulée par l’armée congolaise n’a pas permis de renverser la situation. Comment une milice parvient-elle à tenir tête aux forces de l’État dans une zone sous état de siège ? Cette question obsède les observateurs de la sécurité dans l’est de la RDC.
Les conséquences pour les civils sont dramatiques. Le même rapport indique que deux civils, suspectés par la CRP de collaborer avec les FARDC, ont été sommairement exécutés. Les attaques n’ont pas cessé, avec deux nouvelles assautes signalées les 10 et 11 février contre des positions militaires à Bule. L’épicentre du conflit armé en Ituri se déplace, mais la violence, elle, demeure constante.
La brutalité ne se limite pas aux champs de bataille. Le 7 février, huit corps ont été découverts au village de Sapali, à proximité de Bule. Les sources locales attribuent ces exécutions à la CRP, visant des membres de la communauté Hema qui auraient refusé de rallier ses rangs. Cette tragédie s’inscrit dans une campagne d’intimidation plus large. Déjà en janvier, le président de la société civile de Bule, un Hema, avait été tué, et le patron local de la FEC enlevé par le même groupe.
L’ombre d’un soutien étranger plane sur ces violences. Les FARDC soupçonnent fortement l’armée ougandaise (UPDF) de soutenir la CRP de Thomas Lubanga. Le rapport note une « proximité observée » entre les deux forces à Savo, ainsi que l’inaction des troupes ougandaises face aux attaques de la milice contre les positions congolaises. Cette accusation récurrente ajoute une couche de complexité géopolitique au conflit armé dans le territoire de Djugu.
La situation sécuritaire reste extrêmement volatile. Un autre affrontement a opposé les belligérants à Sanzi, près de Nizi, causant la mort d’un civil et blessant grièvement trois autres personnes par des balles perdues. Au total, quatre engagements majeurs ont eu lieu en février pour le contrôle de Bule. En fin de mois, la localité était toujours disputée, partagée entre des positions de la CRP et des avant-postes des FARDC.
Cette escalade s’inscrit dans la dynamique plus large de l’alliance entre la CRP et le groupe armé Zaïre, qui a intensifié les violences dans la région depuis l’an dernier. Les civils, pris entre deux feux, paient le prix fort. Les déplacements de population se multiplient, fuyant les combats et les exactions. La crise humanitaire qui en découle est profonde, avec des besoins criants en nourriture, abris et soins médicaux.
Pourtant, beaucoup dénoncent un silence médiatique relatif autour de la tragédie de l’Ituri. Alors que la province vit sous le régime de l’état de siège depuis 2021, avec les autorités militaires aux commandes, les résultats en matière de pacification sont largement contestés. Si Kinshasa met en avant certaines avancées, la persistance de combats d’une telle intensité, comme ceux observés à Bule, interroge sur l’efficacité de cette mesure exceptionnelle.
Les opérations de traque menées par les FARDC se poursuivent dans le territoire de Djugu. Leur objectif affiché est de restaurer l’autorité de l’État et de ramener une sécurité durable. Mais sur le terrain, la résistance des groupes armés comme la CRP, leur capacité à occuper des localités et à s’en prendre aux populations, montre l’ampleur du défi. La bataille pour Bule est bien plus qu’un simple accrochage ; elle est le symbole d’un conflit armé en Ituri qui semble s’enliser, malgré l’engagement des forces gouvernementales et le cadre strict de l’état de siège. La population, elle, attend toujours les dividendes de la paix.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
