Alors que les inégalités scolaires entre filles et garçons persistent dans de nombreuses régions de la République Démocratique du Congo, une lueur d’espoir se dessine dans la province de la Tshopo. Lundi 17 mars 2026, la validation officielle des écoles bénéficiaires du programme de bourses « Tosilisa Kelasi » a marqué un tournant concret pour l’éducation des filles à Kisangani. Comment ce projet ambitieux financé par des fonds internationaux peut-il transformer le paysage éducatif local et offrir un avenir plus stable à des centaines de jeunes filles ?
Le constat est sans appel : dans de nombreux ménages congolais aux ressources limitées, la scolarisation des garçons reste souvent prioritaire. Face à cette réalité, l’Association pour le Bien-Être Familial Naissance Désirable (ABEF-ND), avec le soutien de l’Initiative pour la Forêt d’Afrique Centrale (CAFI), lance une offensive éducative d’envergure. Le projet PROMIS2 (Programme de Mise à l’Échelle de la Planification Familiale) se matérialise par l’octroi de 3 184 bourses d’études destinées exclusivement aux élèves filles. Pour cette première phase, 1439 d’entre elles, issues de 46 écoles publiques et privées agréées, verront leur scolarité entièrement prise en charge pour les trois prochaines années.
« Nos parents, avec des ressources très limitées, ont dans la plupart des cas encouragé beaucoup de ressources vers les garçons. C’est dans ce contexte que nous disons qu’il faut encourager les filles à aller à l’école et à se maintenir à l’école jusqu’à l’obtention de leurs diplômes », explique le Docteur Didier Kamanga, coordinateur provincial de l’ABEF-ND Tshopo. Cette déclaration résume l’essence même du programme Tosilisa Kelasi, dont le nom en lingala signifie « achevons les études ». Une allocation annuelle d’au moins 195,2 dollars américains par élève doit lever la barrière financière, principale cause d’abandon scolaire.
Mais ce projet va au-delà du simple financement. Il s’agit d’une stratégie multifacette. Les bourses ciblent spécifiquement les filières d’avenir que sont l’agriculture, la foresterie, l’infirmerie et la profession d’accoucheuse. Un choix judicieux qui répond à la fois aux besoins en main-d’œuvre qualifiée de la province et aux aspirations professionnelles des jeunes filles. Les bénéficiaires sont sélectionnées parmi les élèves de 2e, 3e et 4e secondaires, avec un accompagnement adapté à leur niveau : trois ans pour les secondes, deux ans pour les troisièmes et une année pour les quatrièmes.
L’ambition du programme Tosilisa Kelasi est aussi démographique et environnementale. En maintenant les filles sur les bancs de l’école, le projet vise à les préserver des grossesses non désirées, souvent synonymes d’interruption définitive de leur parcours scolaire. Le Dr Kamanga alerte : « Quand les élèves filles ne sont pas exposées à des grossesses non désirées, nous pensons qu’il n’y aura pas une explosion démographique qui pourrait, à la longue, impacter négativement les ressources environnementales. » Un lien direct est ainsi établi entre l’éducation des filles, la maîtrise de la croissance démographique et la préservation des forêts de la Tshopo, cœur du bassin du Congo.
Pour atteindre cet objectif, le projet PROMIS2 CAFI intègre un volet crucial de sensibilisation à la planification familiale au sein même des écoles sélectionnées. Des dialogues communautaires et des séances d’information seront organisés pour doter les jeunes filles de connaissances et d’outils leur permettant de faire des choix éclairés concernant leur avenir et leur santé reproductive. Cette approche holistique reconnaît que le maintien scolaire ne dépend pas uniquement de frais payés, mais aussi d’un environnement social et sanitaire favorable.
L’impact du projet promet de s’étendre au-delà des salles de classe. Des infrastructures de soutien sont prévues, notamment la construction de centrales régionales de distribution de médicaments et d’instituts techniques médicaux à Kisangani, Yangambi, Basoko et Banalia. Ces réalisations tangibles renforceront le système de santé local et créeront des pôles de formation d’excellence, potentiellement générateurs d’emplois.
Le lancement de ces bourses études filles RDC à Kisangani pose donc les bases d’un cercle vertueux. Investir dans l’éducation des filles de la Tshopo, c’est parier sur le développement de compétences critiques pour la région, favoriser l’autonomie des femmes et contribuer à une gestion plus durable des ressources naturelles. Reste à présent à assurer un suivi rigoureux de l’utilisation des fonds et des progrès académiques des boursières. La réussite de cette initiative pionnière pourrait bien inspirer des politiques similaires dans d’autres provinces congolaises, faisant de l’éducation un pilier incontournable de la lutte contre la pauvreté et pour l’égalité des genres.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
