AccueilActualitéSantéMobutu, 29 ans après : nostalgie du Zaïre, rejet de la dictature

Mobutu, 29 ans après : nostalgie du Zaïre, rejet de la dictature

Vingt-neuf ans après la mort de Mobutu Sese Seko, le 7 septembre 1997 à Rabat, la mémoire de l’ancien président du Zaïre continue de diviser la société congolaise. À Kinshasa, la 13e édition du Festival international du cinéma de Kinshasa a projeté la série « Mobutu, maître du jeu », ravivant les débats sur l’héritage de celui qui a dirigé le pays d’une main de fer de 1965 à 1997. Entre nostalgie d’un État fort et rejet d’une dictature marquée par le parti unique et le culte de la personnalité, les témoignages recueillis montrent une mémoire encore fragmentée.

Un leadership admiré pour l’unité et la stabilité

Pour une partie de la population, le règne de Mobutu évoque avant tout un État centralisé et une certaine stabilité. Une enseignante de l’Institut National des Arts confie : « Moi, je dis que j’admire juste son leadership. Il s’est imposé pour garder un État uni. Même s’il était dictateur, il a su conserver le pays sans le diviser. » Ce sentiment de nostalgie s’appuie aussi sur des récits familiaux. Prescilia Lumengo, étudiante, explique : « Je n’ai pas vécu à l’époque du Zaïre, mais mes parents m’ont toujours dit qu’il n’y avait pas cette insécurité. À l’époque de Mobutu, mes parents m’ont raconté : tu voles, on te tue. En tout cas, Mobutu manque au Congo. » Ces propos traduisent une perception d’un pouvoir fort, capable d’imposer une discipline aujourd’hui regrettée par certains.

Le MPR et la concentration du pouvoir

Mais cette lecture est loin de faire l’unanimité. Arrivé au pouvoir par un coup d’État le 24 novembre 1965 contre le président Joseph Kasa-Vubu, Mobutu instaure progressivement un régime autoritaire. Le Mouvement populaire de la révolution (MPR) devient parti unique en 1970, supprimant toute opposition. Rachel, étudiante en communication à l’Université des Sciences de l’Information et de la Communication, souligne : « À son époque, l’opposition n’avait pas de place. Il n’y avait pas d’opposition, il n’y avait qu’un seul parti. Il a supprimé certains partis politiques et essayé d’en faire du MPR le seul parti politique. » Le culte de la personnalité est également dénoncé. Jonathan Ikami, critique d’art, estime : « Il a haussé l’amour du pouvoir et c’est ce qui a conduit à ce que nous appelons actuellement le “Djalelo”, à travers le culte de la personnalité. Il se prenait en quelque sorte pour un roi. »

La zaïrianisation, entre authenticité et contrôle

L’ère Mobutu est aussi marquée par la politique de « zaïrianisation », fondée sur l’authenticité et la rupture avec les références coloniales. Le régime interdit les prénoms occidentaux et encourage le port de l’abacost, vêtement destiné à remplacer le costume. Mobutu lui-même adopte le nom de Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga et se coiffe de la toque en peau de léopard, symbole d’autorité traditionnelle. En 1971, le pays est rebaptisé Zaïre, comme le fleuve Congo et la monnaie. Cette politique identitaire s’accompagne d’un renforcement du pouvoir présidentiel et d’une mise en scène du chef de l’État.

De la puissance diplomatique à la chute

Pendant la guerre froide, le Zaïre bénéficie d’un soutien international important. En 1974, Kinshasa accueille le combat de boxe entre Mohamed Ali et George Foreman, symbole du rayonnement du pays. Mais les difficultés économiques s’accumulent : endettement, mauvaise gouvernance, pillages de 1991 et 1993 menés par des militaires impayés. La fin de la guerre froide prive Mobutu de son importance stratégique. En avril 1990, il annonce la fin du monopartisme, mais la transition reste instable. En 1996, la guerre éclate dans l’est du Zaïre. Les forces de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), dirigées par Laurent-Désiré Kabila, progressent rapidement. Le 17 mai 1997, Mobutu quitte Kinshasa. Il meurt le 7 septembre 1997 à Rabat, à l’âge de 66 ans, des suites d’un cancer de la prostate. Sa dépouille repose toujours au cimetière chrétien de Rabat, malgré une demande de rapatriement formulée par des députés congolais en juillet 2022, restée sans suite.

A lire aussi : Kinshasa célèbre ses richesses culturelles au festival Bosangani ; Kinshasa : le train urbain reprend du service après 15 ans

Article Ecrit par Amissi G

Source: Actualite.cd

Commenter
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Are you human? Please solve:Captcha


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Débrief du 6 septembre 2026 : Ebola, crise humanitaire et refus d’une nomination rebelle

La RDC intensifie sa lutte contre Ebola avec un plan de 1,3 milliard USD et des appuis internationaux. À Walikale, l'afflux de déplacés sature les capacités d'accueil. Un professeur refuse une nomination de l'AFC-M23, tandis que Nicolas Kazadi trace trois priorités économiques.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques