Treize ans après avoir été érigée en ville, Luebo, dans la province du Kasaï, attend toujours la mise en œuvre effective de ce statut. La Nouvelle société civile congolaise (NSCC) de Luebo a interpelé dimanche 6 septembre les autorités nationales, demandant l’application de la décision prise en 2013. Selon cette structure citoyenne, le décret n°13/021 du 13 juin 2013 avait élevé Luebo, ancien chef-lieu du district du Kasaï, au rang de ville. Le texte prévoyait également la création de trois communes : Luebo, Kasenga et Bipatu. Mais, plus d’une décennie après, cette décision n’aurait toujours pas été mise en œuvre sur le terrain, déplore la NSCC.
Une décision de 2013 restée sans effet concret
Le décret signé en 2013 devait transformer l’organisation administrative de Luebo. En pratique, cela signifie que la localité aurait dû disposer d’un exécutif urbain, d’un conseil municipal et de services déconcentrés propres à une ville. Or, selon la NSCC, rien de tout cela n’a été installé. Les habitants continuent de dépendre des structures territoriales antérieures, ce qui limite l’accès aux services publics et ralentit les projets de développement local. Cette situation crée un décalage entre le cadre juridique et la réalité quotidienne des populations.
La société civile dénonce une « injustice administrative »
Pour Basile Mbanza, coordonnateur de la NSCC à Luebo, cette situation constitue une injustice administrative et appelle les autorités à donner effet aux décisions de l’État. « Plus d’une décennie après, cette décision n’a toujours pas produit les effets attendus. C’est une injustice administrative et une violation de l’État de droit », affirme-t-il. La structure citoyenne demande notamment aux autorités nationales de clarifier la situation juridique et administrative actuelle de Luebo et de prendre les mesures nécessaires à l’installation effective de la ville.
Un appel aux autorités nationales pour débloquer le dossier
La NSCC appelle le président de la République et le gouvernement, particulièrement les ministres chargés de l’Intérieur et de la Politique de la ville, à réexaminer le dossier de Luebo. Pour Basile Mbanza, l’application du statut accordé à Luebo ne devrait pas être considérée comme une faveur, mais comme une question liée au respect des actes de l’État, à la décentralisation et au développement de cette entité du Kasaï. Sans cette mise en œuvre, les potentialités économiques locales restent sous-exploitées, faute de cadre institutionnel adapté pour attirer les investissements et organiser les services de base.
La situation de Luebo illustre les difficultés de la décentralisation en République démocratique du Congo. Lorsqu’une entité est élevée au rang de ville, elle doit normalement bénéficier de transferts de compétences et de ressources pour exercer ses nouvelles attributions. Dans le cas présent, l’absence d’installation effective empêche la population de profiter des avantages attendus d’une administration de proximité. Les services municipaux, comme l’état civil ou la gestion des voiries, ne peuvent pas être mis en place correctement. Cela affecte directement la vie quotidienne des habitants, qui doivent parfois parcourir de longues distances pour des démarches administratives.
La NSCC insiste sur le fait que cette situation n’est pas seulement un problème juridique, mais aussi un frein au développement économique local. Une ville dotée d’un statut complet peut plus facilement attirer des investisseurs, organiser des marchés et percevoir des taxes locales pour financer ses projets. Sans cela, Luebo reste dans une position d’attente qui limite ses capacités de croissance. Les acteurs économiques locaux, qu’ils soient commerçants ou agriculteurs, ne disposent pas d’un interlocuteur institutionnel clair pour défendre leurs intérêts ou obtenir des autorisations. Cette incertitude administrative décourage les initiatives et maintient la région dans une dynamique de sous-développement.
L’appel de la société civile vise donc à rappeler aux autorités nationales leurs responsabilités. Le décret de 2013 est un acte de l’État qui engage sa crédibilité. Ne pas l’appliquer revient à créer un précédent dangereux pour d’autres entités en attente de leur propre mise en œuvre. La NSCC demande une clarification rapide de la situation juridique de Luebo et l’installation effective des organes de la ville. Pour les habitants, cette clarification est essentielle pour savoir à qui s’adresser et comment faire valoir leurs droits. Elle conditionne également la possibilité de bénéficier des programmes de développement destinés aux villes.
A lire aussi : Kimpese : deux responsables de la société civile arrêtés après un différend avec la SNEL ; Bandundu-ville : 140 agents de la SNEL réclament la fin de la précarité après 20 ans d’attente
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
