Le renvoi de l’affaire Semlex devant le tribunal correctionnel de Bruxelles marque une étape procédurale importante, mais pas encore une victoire définitive. C’est ce qu’a expliqué Jean-Claude Mputu, porte-parole de la coalition Congo n’est pas à vendre (CNPAV), lors d’un échange en direct organisé par Stanis Bujakera Tshiamala. Il a détaillé le profil des quatorze prévenus concernés, tout en appelant à la prudence sur la suite de la procédure.
Une étape judiciaire à ne pas confondre avec une condamnation
Pour Jean-Claude Mputu, la décision de la chambre du conseil de Bruxelles ne constitue pas une issue favorable en soi. Il s’agit d’un renvoi en correctionnelle, c’est-à-dire le passage à une phase de jugement, mais pas encore d’une reconnaissance de culpabilité. Le porte-parole de la CNPAV a insisté sur le caractère « long » de la bataille judiciaire. La véritable victoire, selon lui, adviendra lorsque les responsables devront effectivement rendre des comptes, et plus encore si la justice congolaise engage à son tour des poursuites similaires.
Il a néanmoins salué le chemin parcouru. Il y a cinq à dix ans, une telle perspective semblait « inimaginable ». Les militants de la coalition essuyaient alors le scepticisme, voire les moqueries, de ceux qui jugeaient leur combat vain. Aujourd’hui, le dossier a franchi une étape concrète devant la justice belge.
Qui sont les quatorze prévenus ?
Jean-Claude Mputu a distingué deux grandes catégories parmi les prévenus. D’un côté, les personnes morales : des entités internationales liées à Semlex, sa filiale congolaise Locosem, ainsi que plusieurs sociétés-écrans créées à Dubaï, dont LPRS. De l’autre, les personnes physiques : les dirigeants de Semlex eux-mêmes, mais aussi des personnalités proches de la présidence congolaise sous le mandat de Joseph Kabila. Il cite en particulier d’anciens conseillers économiques et des membres de leur famille. Ces éléments avaient déjà été révélés par des enquêtes journalistiques antérieures.
Cette répartition montre l’ampleur du réseau soupçonné d’avoir participé aux faits de corruption. Elle illustre aussi la complexité d’un dossier qui mêle acteurs privés, structures offshore et cercles du pouvoir.
Huit ans d’enquête, des obstacles multiples
Contrairement à l’idée d’une procédure de neuf ans, Jean-Claude Mputu a rappelé que l’enquête a débuté avec la découverte de fonds suspects à l’aéroport de Bruxelles en 2016. Les enquêteurs belges ont donc travaillé pendant huit années. Le porte-parole a détaillé les obstacles rencontrés : des commissions rogatoires menées au Congo dans un contexte difficile, des pistes financières remontant jusqu’à Dubaï, une juridiction réputée peu coopérative en matière d’entraide judiciaire, ainsi que des mois d’écoutes et d’interrogatoires.
Il a replacé ce dossier dans un contexte plus large. Transparency International a déjà exprimé des réserves sur la frilosité persistante des pays occidentaux à poursuivre leurs propres entreprises pour des faits de corruption commis à l’étranger. Jean-Claude Mputu attribue cette réticence en partie à la complicité de dirigeants africains eux-mêmes avec ces sociétés.
Une vigilance citoyenne maintenue
La coalition Congo n’est pas à vendre suit ce dossier de près. Pour ses membres, le renvoi devant le tribunal correctionnel de Bruxelles est un signal, mais pas une fin. La mobilisation reste nécessaire pour que la procédure aille à son terme et que les responsabilités soient établies. Jean-Claude Mputu a rappelé que la lutte contre la corruption exige une pression constante, tant sur les autorités judiciaires belges que congolaises.
L’affaire Semlex illustre les défis de la coopération judiciaire internationale dans les dossiers de corruption transnationale. Elle montre aussi que les enquêtes peuvent aboutir, même lentement, lorsque des citoyens et des organisations maintiennent leur vigilance.
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Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
