Dans la cour de l’EP1 INERA Mvuazi, le silence du premier jour de classe raconte une histoire que les chiffres résument brutalement. Mardi 1er septembre, à Mbanza-Ngungu, dans le Kongo-Central, seuls neuf garçons ont franchi les portes de cette école conventionnée catholique, sur les 255 élèves attendus. Les salles de classe, pourtant prêtes, sont restées presque vides, et aucune fille n’a répondu à l’appel. Une rentrée scolaire en sourdine, qui interroge les habitudes d’une communauté et la place de l’école dans le quotidien des familles.
Une école qui attend, des parents qui temporisent
Le directeur de l’établissement ne cache pas sa déception. « Nous sommes là avec les enseignants, mais il n’y a aucun élève jusque-là », confie-t-il, décrivant une situation devenue, selon ses mots, « une coutume ». Les parents, explique-t-il, laissent passer la première semaine avant d’envoyer leurs enfants, créant un décalage entre le calendrier officiel et la réalité des classes. Jusqu’à midi, l’attente n’a rien changé : neuf présences, toutes masculines, dans une école qui en espérait plus de deux cents. Cette absence massive, surtout celle des filles, dessine un paysage éducatif où l’assiduité se négocie avec le temps et les priorités familiales.
L’appel d’Esther Kitala aux familles de Mbanza-Ngungu
Venue superviser cette première journée, l’inspectrice Esther Kitala a transformé sa visite en plaidoyer. « Nous demandons à ce que les parents nous envoient les enfants, même avec les vieux uniformes, ils peuvent toujours venir étudier », a-t-elle lancé, rappelant que les enseignants sont présents jusqu’à 12h50 et ont préparé leurs matières. Pour elle, chaque journée compte : « le nombre des jours requis pour une année scolaire est fixé et ne change pas. » Un message simple, mais qui souligne l’enjeu d’une scolarité continue, surtout pour les filles, absentes de ce premier jour. L’inspectrice insiste sur la responsabilité des parents, non pas comme une contrainte, mais comme un geste de confiance envers l’école et ses enseignants, qui, eux, ont déjà pris place dans les classes.
L’absentéisme, un rituel qui fragilise l’année scolaire
Ce retard collectif n’est pas anodin. En attendant la deuxième semaine, les élèves perdent des heures d’apprentissage que rien ne remplacera. L’école, elle, a ouvert ses portes, avec des enseignants mobilisés et des leçons prêtes. Mais sans élèves, la rentrée ressemble à une répétition générale. À Mbanza-Ngungu, l’EP1 INERA Mvuazi illustre une tension entre le calendrier officiel et les rythmes familiaux, où l’école doit rappeler sa place, jour après jour. Le directeur et l’inspectrice partagent le même constat : l’année scolaire ne peut pas se construire sur des semaines blanches. Chaque absence, surtout en début d’année, creuse un fossé que les semaines suivantes peineront à combler, et ce sont les élèves, en particulier les plus vulnérables, qui en paient le prix.
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Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
