À Butembo, plaque tournante commerciale du Nord-Kivu, une crise monétaire silencieuse mais brutale s’installe dans les transactions quotidiennes. Depuis plusieurs jours, de nombreux commerçants, grossistes et cambistes refusent les coupures de 5 dollars américains, prétextant une usure ou de légères altérations, alors même que la plupart de ces billets restent parfaitement valides. Cette défiance impose une décote arbitraire aux porteurs, contraints d’échanger leurs coupures à perte pour acheter des biens de première nécessité. Derrière ce refus, c’est tout un pan de l’économie locale qui vacille, et avec lui, la confiance des citoyens dans la stabilité des échanges.
Une pratique sans fondement légal
Face à la montée des tensions sur les marchés, la Fédération des entreprises du Congo (FEC), section territoriale de Butembo-Lubero, a tenu à rappeler le cadre légal. Son président, Polycape Ndivito, a été catégorique : aucune mesure de démonétisation n’a été prise par les autorités monétaires. Il a souligné que le dollar, bien que devise étrangère, reste régulé par la Banque centrale, et que rien ne justifie le rejet des coupures de 5 dollars. « Nous n’avons aucun écho sur la perte de la valeur de la coupure de 5 dollars. Donc, les gens doivent continuer à consommer régulièrement et légalement la coupure de 5 dollars parce qu’elle n’est pas frappée de la démonétisation », a-t-il déclaré. Un appel au civisme financier qui vise à désamorcer une crise artificielle aux conséquences bien réelles.
Le spectre d’une spéculation déstabilisante
En tant que pôle économique stratégique du Nord-Kivu, Butembo brasse quotidiennement d’importants flux financiers avec des opérateurs venus de plusieurs provinces de la RDC. Le refus des coupures de 5 dollars ne relève donc pas d’un simple désagrément : il menace l’équilibre des échanges et le pouvoir d’achat des ménages. La FEC met en garde contre des spéculations injustifiées qui, en créant une rareté artificielle de certaines coupures, pourraient fragiliser davantage le climat d’affaires. Pour les habitants, l’équation est simple : accepter une perte sèche sur leurs billets ou renoncer à leurs achats. Une situation qui, si elle perdurait, pourrait éroder la confiance dans l’ensemble du système monétaire local.
Un appel à la responsabilité collective
Au-delà du rappel à la loi, c’est un véritable plaidoyer pour la stabilité économique que porte la FEC. En exhortant commerçants et population à ne pas céder à la panique, elle tente de préserver un équilibre fragile. La crise des coupures de 5 dollars à Butembo illustre combien, dans un contexte où la monnaie nationale reste le franc congolais, la dépendance au dollar peut devenir un facteur de vulnérabilité. La réponse des autorités monétaires sera scrutée de près, mais en attendant, c’est le quotidien des citoyens qui est pris en otage par une défiance sans fondement.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
