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RDC : 10 ans de crise humanitaire négligée, le financement au plus bas

La République démocratique du Congo (RDC) figure pour la dixième année consécutive parmi les crises de déplacement les plus négligées au monde, selon le rapport 2025 du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC). Ce classement, qui place le pays en deuxième position derrière le Soudan, met en lumière une aggravation de la négligence internationale alors que des millions de Congolais vivent dans des conditions extrêmement précaires. Pour les populations de l’Est, cette situation se traduit par une exposition prolongée aux violences armées, à l’insécurité alimentaire et aux maladies, sans accès suffisant à l’aide humanitaire.

Un financement humanitaire au plus bas depuis dix ans

Le déficit financier de la réponse humanitaire en RDC a atteint un niveau historique en 2025. Seulement 27,4 % des fonds nécessaires ont été mobilisés, soit le taux le plus faible enregistré depuis une décennie. Cette insuffisance prive d’assistance ou réduit considérablement l’aide destinée à plus de 21 millions de personnes dans le besoin. Concrètement, cela signifie que des familles déplacées reçoivent moins de nourriture, de soins de santé ou d’abris, alors même que leurs besoins augmentent. Le NRC souligne qu’il y a dix ans, la communauté internationale consacrait environ 55 dollars américains par personne vulnérable en RDC, contre moins de 33 dollars aujourd’hui. Cette baisse traduit un désengagement progressif face à une crise pourtant durable.

L’impact concret sur les déplacés de l’Est

Dans l’Est de la RDC, les populations déplacées doivent faire face à une combinaison de violences armées, d’insécurité alimentaire, de maladies et d’un accès limité à l’aide humanitaire. Le NRC rappelle que les communautés touchées sont déjà fragilisées par des années de déplacements forcés et d’abandon humanitaire. Eric Batonon, directeur du NRC en RDC, a déclaré : « Derrière chaque statistique dans l’est de la RDC se cachent des familles qui endurent des années de violence, de déplacements forcés et une profonde incertitude quant à leur avenir. Alors que l’attention se porte d’une urgence mondiale à une autre, des millions de Congolais continuent de vivre sans protection, assistance ni espoir. »

L’épidémie d’Ebola aggrave les besoins en Ituri

La situation est d’autant plus préoccupante que la province de l’Ituri, déjà confrontée aux conflits armés, est devenue l’épicentre de la 17ᵉ épidémie d’Ebola en RDC. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), les besoins humanitaires et les priorités de la réponse ont été révisés pour renforcer l’assistance aux communautés affectées. L’addendum au Plan de réponse humanitaire 2026 indique que le nombre de personnes dans le besoin a été révisé à 18,5 millions. En raison des contraintes financières, le nouveau plan prévoit de cibler uniquement 10,8 millions de personnes. Le financement requis a également été revu à la hausse, passant de 1,4 milliard à 2,13 milliards de dollars américains. Cette révision montre comment une crise sanitaire peut subitement accroître la pression sur des ressources déjà insuffisantes, laissant des millions de personnes sans l’aide vitale dont elles ont besoin.

Un choix politique aux conséquences humaines

Le rapport du NRC dénonce une négligence qui n’est pas une fatalité, mais un choix. Jan Egeland, secrétaire général de l’organisation, a affirmé : « Ceci témoigne de l’incapacité du monde à répondre aux crises qui ne sont pas considérées comme stratégiquement importantes par les pays riches. Des millions de personnes sont abandonnées parce que nous avons choisi de ne pas agir, et non parce que nous en sommes incapables. La vérité, aussi dérangeante soit-elle, est que cette négligence est un choix, et un choix que nous pouvons décider de changer. » Il a également déploré que les gouvernements donateurs continuent de privilégier les investissements militaires et stratégiques au détriment du financement humanitaire. Pour les Congolais déplacés, ce choix se traduit par une absence de protection, une faim persistante et un accès réduit aux soins, dans un contexte où l’épidémie d’Ebola rend l’aide encore plus urgente.

Article Ecrit par Amissi G

Source: Actualite.cd

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