AccueilActualitéJusticeInterdiction militaire aux mines : Justicia ASBL exige une volonté politique

Interdiction militaire aux mines : Justicia ASBL exige une volonté politique

La décision du gouvernement congolais d’interdire toute présence militaire sur les sites miniers est saluée par l’ONG Justicia ASBL, mais celle-ci prévient que sans une réelle volonté politique, cette mesure risque de rester sans effet. Le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a donné de nouvelles instructions en ce sens, annoncées le vendredi 10 juillet à l’issue du Conseil des ministres. L’objectif affiché est de renforcer la gouvernance du secteur minier, de lutter contre la fraude et d’assurer une exploitation des ressources naturelles conforme aux normes nationales et internationales.

Une activité lucrative qui attire militaires et politiques

Pour Timothée Mbuya, président de Justicia ASBL, l’implication illégale des hommes en uniforme dans l’exploitation minière est devenue une activité très rentable. Il explique que des responsables militaires et politiques se ruent vers les mines de cuivre et de cobalt pour exploiter des permis appartenant à des particuliers, avec le soutien d’investisseurs ou d’étrangers apportant des liquidités. Cette situation, selon lui, alimente des réseaux mafieux qui ternissent l’image du pays. La facilité avec laquelle ces acteurs s’approprient des concessions, en contournant les cadres légaux, illustre la profondeur du problème. L’ONG souligne que cette ruée vers les ressources minières n’est pas un phénomène isolé, mais le symptôme d’un système où l’impunité prévaut, rendant toute régulation inefficace sans une action déterminée des autorités.

La volonté politique comme condition sine qua non

Justicia ASBL insiste sur la nécessité d’une volonté politique réelle pour appliquer l’interdiction. Timothée Mbuya affirme que les intentions ne suffisent plus et que cette volonté passe d’abord par la poursuite en justice de toutes les personnes impliquées dans ces réseaux. Il souligne toutefois un obstacle majeur : le ministère de la Justice serait incapable de poursuivre certains individus en raison de leur position élevée et de leur ancrage dans le pouvoir. Cette déclaration met en lumière les limites des institutions judiciaires face à des intérêts puissants. Pour l’ONG, la crédibilité de l’État dépend de sa capacité à traduire les annonces politiques en actes concrets, en commençant par des enquêtes et des sanctions exemplaires. Sans cela, les directives présidentielles risquent de n’être qu’un affichage sans portée réelle.

Un risque de lettre morte sans mécanisme de suivi

L’ONG met en garde contre le risque que cette décision reste lettre morte, comme plusieurs autres prises par le passé pour les mêmes faits. Sans mécanisme de suivi rigoureux, l’interdiction pourrait ne pas produire les effets escomptés. La déclaration de Timothée Mbuya rappelle que la crédibilité de l’État est en jeu et que seule une action judiciaire effective peut restaurer la confiance. L’expérience montre que les mesures de ce type, si elles ne sont pas accompagnées d’un dispositif de contrôle indépendant et de sanctions dissuasives, sont rapidement contournées. Justicia ASBL appelle donc à la mise en place d’un cadre de surveillance transparent, impliquant la société civile, pour garantir que l’interdiction ne reste pas un vœu pieux. L’enjeu dépasse la simple régulation minière : il s’agit de la capacité de l’État à faire respecter ses propres décisions et à protéger les ressources nationales contre les intérêts privés illégitimes.

Article Ecrit par Cédric Botela

Source: radiookapi.net

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