Les travaux de modernisation des routes à Mbuji-Mayi, dans la commune de Bipemba, soulèvent une question de santé publique que les autorités peinent à trancher. Alors que les chantiers avancent sur plusieurs artères, les habitants des quartiers riverains dénoncent une pollution atmosphérique intense, provoquée par les nuages de poussière soulevés par les engins et les camions. Ce qui devait améliorer la mobilité urbaine se transforme en un risque sanitaire quotidien pour des milliers de familles, prises au piège d’un air saturé de particules.
Un quotidien envahi par la poussière
Dans les maisons situées le long des tronçons en chantier, la vie a basculé. Les fenêtres restent closes du matin au soir, mais la fine couche de poussière s’infiltre partout. Les draps, les ustensiles, les meubles : rien n’y échappe. Les mères de famille passent des heures à nettoyer, sans jamais réussir à en venir à bout. Rose Kabanga, une habitante, témoigne de cette lutte épuisante : « Ça ne va. Il y a la poussière partout, dans la maison, sur le lit, même dans tout ce que nous mangeons. Il y a des poussières. Est-ce qu’on ne peut pas arroser ? Nous avons beaucoup supporter. Ça ne va pas. On a déjà des maladies respiratoires. Que le gouvernement nous aide ». Son appel traduit une détresse partagée par de nombreux résidents, qui voient leur environnement domestique se dégrader jour après jour.
Des risques sanitaires documentés
L’exposition prolongée à ces poussières n’est pas sans conséquence. Selon le docteur Théophile Nemwadjare, l’inhalation de particules peut provoquer des irritations, des infections respiratoires et aggraver l’asthme chez les personnes vulnérables. Il explique : « Nous sommes appelés à respirer l’air pur. Ce qui fait qui fait que quand l’air entre, il est utilisé par les poumons pour oxygéner le corps. Mais quand l’air est pollué, ça des conséquences. Ça peut entrainer des maladies, parce qu’on ne sait pas ce qu’il y a dans cette poussière-là. Ça peut avoir des substances toxiques et chimiques qui peuvent créer des maladies respiratoires ». Ce constat médical renforce l’inquiétude des familles, qui se sentent abandonnées face à un risque invisible mais bien réel. La poussière des chantiers n’est pas un simple désagrément : elle engage la responsabilité des pouvoirs publics en matière de protection de la santé.
Une exigence citoyenne : arroser les chantiers
Face à cette situation, la population de Bipemba ne réclame pas l’arrêt des travaux, mais une mesure simple et immédiate : l’arrosage régulier des zones poussiéreuses par les entreprises de construction. Un habitant résume ce sentiment : « On n’a pas de choix, que les entreprises qui modernisent nos routes puissent aussi les arroser parce que maintenant, nous les populations, nous sommes exposés aux maladies ». Cette demande met en lumière un déséquilibre entre les bénéfices attendus des infrastructures et les nuisances subies par les riverains. Les citoyens, qui aspirent à de meilleures routes, se retrouvent à payer un tribut sanitaire que rien ne justifie, surtout si des solutions techniques existent.
La réponse des autorités : une instruction à concrétiser
Contacté par Radio Okapi, le ministre provincial des Travaux publics affirme que toutes les entreprises ont reçu l’instruction d’arroser les zones poussiéreuses afin de réduire les risques pour la population. Cette déclaration officielle marque une reconnaissance du problème, mais elle ne suffit pas à apaiser les esprits. L’écart entre les consignes données et leur application sur le terrain reste entier. Pour les habitants, l’urgence est palpable : chaque jour sans arrosage accroît l’exposition aux poussières et les craintes de maladies respiratoires. La crédibilité de l’action publique se joue désormais dans la capacité à faire respecter cette mesure par les entreprises, et à garantir un suivi rigoureux. À Bipemba, la modernisation des routes ne pourra être considérée comme un progrès que si elle cesse de menacer la santé de ceux qui vivent à leurs abords.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
