Un nouveau rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo détaille le commandement structuré exercé par les Forces de défense rwandaises (RDF) sur la rébellion de l’AFC/M23, active dans l’est du pays. Le document, adressé au président du Conseil de sécurité, met en lumière une chaîne de contrôle centralisée, depuis Kigali jusqu’aux zones d’opérations au Nord-Kivu et au Sud-Kivu.
Une coordination au sommet de l’État rwandais
Selon le rapport, le président Paul Kagame a nommé, le 1er décembre 2025, le général à la retraite James Kabarebe comme conseiller principal en matière de défense et de sécurité. Le 29 janvier 2026, le général de brigade Jean-Paul Nyirabutama a été désigné comme son adjoint. Ce dernier est directement impliqué dans les opérations dans l’est de la RDC, notamment dans la gestion des canaux de communication avec l’AFC/M23. James Kabarebe assure la liaison principale, garantissant la coordination avec la direction de l’AFC/M23 ainsi qu’avec Joseph Kabila. Les réunions se tiendraient fréquemment à Gisenyi.
Des divisions rwandaises déployées en RDC
Le Groupe d’experts indique que les déploiements des RDF étaient coordonnés par une chaîne de commandement structurée reliant la haute direction à Kigali à la coopération opérationnelle avec les commandants du M23. Le général Vincent Nyakarundi, chef d’état-major de l’armée rwandaise, sanctionné par les États-Unis en mars 2026, supervisait les opérations dans l’est de la RDC. Des éléments des 3e et 4e divisions des RDF étaient déployés : la 3e division, sous le commandement du major-général Eugene Nkubito, opérait principalement au Nord-Kivu, tandis que la 4e division était déployée au Sud-Kivu, sous le commandement du brigadier-général Vincent Gatama jusqu’à son redéploiement au Mozambique fin 2025. Cette 4e division a intégré un nombre important de réservistes.
Forces spéciales et contrôle opérationnel
Les deux divisions étaient appuyées par des unités des forces spéciales, sous le commandement du général de brigade Stanislas Gashugi. Si les commandants de division restaient au Rwanda, les commandants de brigade étaient occasionnellement déployés en RDC. Les recrues de l’AFC/M23 interrogées par les experts ont toutes fait état de la présence des RDF, notamment des forces spéciales impliquées dans des opérations de première ligne à haut risque. Le rapport révèle que le gouvernement rwandais a continué de dicter les territoires à conquérir, à contrôler ou à évacuer, ce qui reflète un contrôle opérationnel centralisé et une subordination hiérarchique de l’AFC/M23.
Un contexte diplomatique enlisé
Ce rapport intervient alors que la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la RDC continue de se détériorer, malgré l’Accord de Washington et les réunions d’évaluation successives. Des tensions persistent entre Kinshasa et Kigali, chaque camp interprétant à sa manière les dispositions de l’accord, rendant sa mise en œuvre complexe un an après sa signature. Le processus de Doha, sous l’égide du Qatar, peine également à rapprocher les positions entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23. L’étape de Montreux, en Suisse, n’a pas produit les résultats escomptés, et la détérioration de la situation au Moyen-Orient a relégué ce dossier au second plan. Le Groupe d’experts a adressé, le 2 avril 2026, une lettre au gouvernement rwandais pour solliciter des éclaircissements sur son soutien à l’AFC/M23, mais reste dans l’attente d’une réponse. Joseph Kabila, condamné à mort par la Haute Cour militaire pour ses liens présumés avec la rébellion, a toujours rejeté ces allégations, qualifiant le procès de politique.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
