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FRIVAO : un procès historique pour détournement de fonds des victimes de Kisangani

L’ouverture du procès du Fonds pour la réparation et l’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda (FRIVAO) a marqué, ce mardi 21 avril 2026, une étape judiciaire cruciale devant la Cour de cassation de Kinshasa. Ce dossier, chargé d’une forte dimension symbolique et financière, place au cœur des débats l’ancien coordonnateur du fonds, Chançard Bolukola, mis en examen pour des faits graves de détournement de plusieurs millions de dollars américains. Ces fonds étaient initialement destinés à compenser les préjudices subis par les victimes de la « guerre des six jours » qui avait ensanglanté Kisangani.

Les charges retenues à son encontre sont lourdes et précises. L’accusé est notamment poursuivi pour avoir orchestré, de manière opaque, l’attribution de marchés publics à des entités économiques dont l’existence réelle est mise en doute par l’institution judiciaire. L’une de ces attributions concerne la société DIVO SARL, qui aurait perçu une somme avoisinant le million de dollars pour la réalisation d’un documentaire. Or, des manquements sévères dans l’exécution de ce projet ont été constatés, alimentant les présomptions d’un détournement de fonds publics pur et simple. Comment des fonds destinés à réparer les souffrances de milliers de personnes ont-ils pu être ainsi détournés vers des projets aux réalisations fantomatiques ?

L’audience inaugurale a permis d’entendre plusieurs témoins clés, dont Teddy Lwamba, directeur général de la SNEL et ancien ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, ainsi que des représentants de la société DIVO SARL. Ces auditions visaient à éclaircir les circuits de décision et les processus de passation des marchés au sein du FRIVAO. Interpellé par la juge présidente sur la localisation physique de certaines entreprises bénéficiaires, Chançard Bolukola s’est montré singulièrement évasif. Il s’est contenté d’indiquer qu’une société se trouverait « non loin de ShowBuzz, à Socimat », dans la capitale Kinshasa, sans pouvoir fournir d’adresse précise, et a reconnu ignorer l’identité de ses responsables. Face à ces lacunes, la magistrate a relevé l’absence totale de preuves matérielles attestant de l’existence de ces structures, les qualifiant sans ambages de « sociétés fictives ».

Le procès du FRIVAO s’ouvre sur un terrain miné par les soupçons d’irrégularités financières à grande échelle. Créé en avril 2023, ce fonds avait pour mission noble de canaliser et de distribuer les 325 millions de dollars d’indemnités accordés par la Cour internationale de justice à la République Démocratique du Congo, à la suite des exactions commises par l’Ouganda entre 1998 et 2003. Une première tranche de 194 millions USD avait été effectivement reçue par Kinshasa. Sur cette somme, 28 millions avaient déjà été décaissés avant que le mécanisme ne soit suspendu en avril 2026, précisément en raison des investigations judiciaires en cours. Ce contexte donne à ce procès une portée qui dépasse le simple cadre pénal, touchant à la crédibilité des institutions chargées de la réparation pour les victimes de conflits.

Les débats, qui ont été renvoyés à la séance du vendredi suivant pour poursuite, s’annoncent complexes et techniques. Ils devront démêler l’écheveau des contrats, des transferts bancaires et des responsabilités administratives. Le réquisitoire, qui se construit pas à pas, met en lumière un système présumé de fraudes dans la passation des marchés publics, un fléau récurrent qui grève le développement de la RDC. La Cour de cassation, plus haute juridiction de l’ordre judiciaire congolais, est ainsi saisie d’une affaire qui teste la capacité de l’État de droit à juger des délits économiques sophistiqués impliquant des fonds de réparation historique.

L’issue de ce procès à Kinshasa est attendue avec une attention particulière par les associations de victimes de la guerre de Kisangani, mais aussi par les partenaires internationaux de la RDC. Elle constituera un indicateur majeur de la détermination des autorités congolaises à lutter contre l’impunité en matière de détournement de fonds publics, surtout lorsque ceux-ci sont liés à des processus de justice transitionnelle et de réparation. La suite des audiences promet de livrer d’autres éléments sur le fonctionnement du FRIVAO et sur le parcours des millions de dollars qui ont, pour l’instant, échappé à leur destinataire légitime.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net

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