La Fondation Konrad Adenauer, bureau de la République démocratique du Congo, a réuni ce mercredi des professionnels des médias autour de la couverture des manifestations politiques. La matinée d’échanges a mis au centre un enjeu précis : les conditions dans lesquelles les journalistes congolais travaillent lorsqu’ils couvrent des rassemblements publics exposés à des tensions.
Les discussions ont porté sur les risques sécuritaires, les pressions politiques, les intimidations et les difficultés d’accès à l’information. Plusieurs intervenants ont décrit un environnement où l’exercice du métier reste contraint, en particulier lorsque les médias assurent la couverture de manifestations politiques ou de dossiers à forte portée publique.
La KAS ouvre un cadre de discussion
La rencontre organisée par la Fondation Konrad Adenauer Kinshasa s’inscrit dans une démarche d’échange entre professionnels des médias. Le thème retenu, consacré aux médias et journalistes face aux manifestations politiques, a permis de faire remonter des expériences de terrain liées à la liberté de la presse à Kinshasa et, plus largement, en RDC.
Les participants ont évoqué des situations où les journalistes doivent continuer à informer tout en faisant face à des contraintes directes. Les manifestations publiques, nécessaires au travail de collecte et de vérification de l’information, apparaissent aussi comme des espaces où les reporters peuvent être exposés à des risques lorsque le climat se tend ou lorsque des débordements surviennent.
Des pressions signalées sur les rédactions
Cyrille Milandu, journaliste à Top Congo FM, a partagé son expérience de couvertures sensibles, notamment dans le cadre de procès à forte portée politique. Il a aussi dénoncé les menaces subies par son média lors de retransmissions en direct de manifestations, particulièrement sous l’ancien régime. Son intervention a replacé la question de la sécurité au niveau des rédactions autant qu’au niveau des reporters envoyés sur le terrain.
Gaétan Kubaburhanzi, de Télé 50, a pour sa part alerté sur ce qu’il présente comme une marginalisation de son média. Il a évoqué des difficultés d’accès aux sources officielles et aux activités publiques. À ses yeux, cette situation constitue une entrave à la liberté de la presse et au droit à l’information. Le débat a ainsi porté non seulement sur la sécurité physique des journalistes, mais aussi sur l’accès aux espaces où se construit l’information publique.
Les reporters exposés sur le terrain
Plusieurs interventions ont aussi pointé le manque de moyens financiers des médias pour garantir la protection des journalistes en reportage. Samuel Lukombo, journaliste à Actualité.cd, a témoigné d’interpellations et d’actes d’intimidation subis lors de ses reportages. Ces récits ont renforcé l’idée que la protection des journalistes en RDC dépend aussi des capacités matérielles des organes de presse.
Désiré Wembo a décrit un cadre de travail marqué par des arrestations arbitraires, des violences physiques et des pressions récurrentes. Il a insisté sur la nécessité de renforcer les mécanismes de protection des journalistes. Cette recommandation rejoint les préoccupations exprimées par d’autres participants, qui ont appelé à des réponses plus structurées face aux risques rencontrés pendant les couvertures sensibles.
Blaise Ndongala, de Radio Okapi, Lysa Ehandi, de la RTNC, et Prince Mayiro Ndongo, de 7sur7.cd, ont également rappelé que les manifestations demeurent importantes pour le travail des médias, mais qu’elles exposent les reporters à des situations difficiles en cas de tensions ou de débordements. Le constat formulé durant la rencontre reste donc encadré par des expériences professionnelles précises, sans généralisation au-delà des cas évoqués.
Des recommandations et un forum annoncé
À l’issue de la matinée, les participants ont formulé plusieurs recommandations. Elles portent notamment sur l’amélioration de la protection des journalistes, le respect de la déontologie et la mise en place d’un réseau africain de solidarité face aux arrestations arbitraires. Ces pistes traduisent une attente de coordination entre professionnels, institutions et acteurs engagés dans la défense du droit à l’information.
La Fondation Konrad Adenauer a également annoncé l’organisation prochaine d’un forum international dédié aux journalistes africains. Cette suite annoncée devra permettre de prolonger les discussions ouvertes à Kinshasa sur les médias, la couverture des manifestations politiques et les garanties nécessaires à l’exercice du journalisme dans un cadre sécurisé et professionnel.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: actu30.cd
