AccueilActualitéPolitiqueHandicap en RDC : un mémorandum pousse la réforme inclusive

Handicap en RDC : un mémorandum pousse la réforme inclusive

Les personnes vivant avec handicap ont choisi d’intervenir directement dans le débat sur la réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo. Le jeudi 26 juin, une délégation de leurs représentants, accompagnée de la ministre déléguée en charge des Personnes vivant avec handicap, Irène Esambo Diata, a été reçue par André Mbata, secrétaire permanent de l’Union sacrée de la Nation, au siège de cette plateforme présidentielle à Kinshasa.

La rencontre a été marquée par le dépôt officiel d’un mémorandum réforme constitutionnelle. Derrière ce geste politique, les signataires posent une question institutionnelle précise : la Constitution actuelle permet-elle de garantir, dans les faits, l’inclusion des personnes handicapées et leur pleine participation à la vie nationale ? Leur réponse est critique, tout en reconnaissant les avancées enregistrées ces dernières années.

Un mémorandum porté à l’Union sacrée

En s’adressant à l’Union sacrée de la Nation, les représentants des personnes vivant avec handicap cherchent à inscrire leurs revendications dans un espace politique central du pouvoir. Le document remis à André Mbata plaide pour une refonte de la Constitution, considérée par ses auteurs comme insuffisamment alignée sur la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, ratifiée par la RDC en 2015.

Leur démarche ne rejette pas les efforts déjà accomplis. Les signataires saluent notamment la création d’un ministère dédié ainsi que plusieurs réformes orientées vers l’inclusion. Mais ils estiment que ces progrès demeurent limités si la loi fondamentale ne reconnaît pas clairement les besoins et droits spécifiques des personnes handicapées. L’enjeu, pour eux, n’est donc pas seulement administratif : il touche à la place accordée à ces citoyens dans l’architecture institutionnelle du pays.

L’article 49 au centre des critiques

L’un des points les plus sensibles du mémorandum concerne l’article 49 de la Constitution. Les signataires dénoncent le fait que les personnes handicapées y soient regroupées avec les personnes du troisième âge et les retraités. Cette assimilation est jugée inappropriée par les représentants reçus à Kinshasa, car elle ne tiendrait pas suffisamment compte de la réalité propre du handicap.

Cette critique révèle un enjeu plus large : comment nommer et protéger une catégorie de citoyens sans la réduire à une situation de dépendance ou de vulnérabilité générale ? Dans la lecture portée par les auteurs du document, une Constitution plus inclusive devrait reconnaître les personnes handicapées comme des acteurs à part entière de la vie nationale, avec des droits adaptés à leurs besoins spécifiques.

Langue des signes, braille et politiques publiques

Parmi les revendications formulées figurent la reconnaissance de la langue des signes comme langue nationale et la promotion du braille. Ces demandes traduisent une préoccupation concrète : rendre les institutions, l’éducation et les services publics plus accessibles aux personnes handicapées. Les signataires demandent aussi une meilleure prise en compte de leurs besoins spécifiques dans les politiques publiques.

Le mémorandum met également en avant la question de la représentativité. Les auteurs plaident pour l’instauration de quotas dans les institutions publiques et privées, conformément aux standards internationaux. Cette revendication vise à corriger une présence jugée insuffisante dans les espaces de décision, sans laquelle l’inclusion risque de rester un principe général difficile à traduire dans la pratique.

L’éducation spécialisée comme test social

Autre préoccupation soulevée : la gratuité de l’enseignement, actuellement limitée au cycle de base. Selon les représentants des personnes vivant avec handicap, cette mesure ne prend pas suffisamment en compte les exigences de l’éducation spécialisée pour les enfants handicapés. Le sujet dépasse donc la seule réforme institutionnelle : il touche aux conditions d’accès à l’apprentissage, à l’autonomie et à l’égalité des chances.

Pour ces acteurs, l’adoption d’une Constitution plus inclusive apparaît comme une étape nécessaire afin de garantir la pleine participation des personnes handicapées à la vie nationale. La suite dépendra de la manière dont les responsables politiques accueilleront ce mémorandum et des arbitrages qui seront faits dans le débat constitutionnel. À ce stade, leur intervention rappelle surtout qu’une réforme de la loi fondamentale engage aussi la responsabilité publique envers les citoyens souvent tenus à distance des décisions qui les concernent.

Article Ecrit par Chloé Kasong

Source: actu30.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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