Depuis lundi 15 juin, les patients du Haut-Uele font face à un fonctionnement réduit des structures sanitaires. Le personnel soignant observe trois journées de protestation appelées “hôpitaux en deuil”, après la mort de l’infirmier titulaire de l’hôpital secondaire de Mungbere, abattu samedi dernier par un militaire des FARDC au sein même de l’établissement. Dans les hôpitaux concernés, seul un service minimum est assuré.
Ce mouvement vise à rappeler un principe simple dans une structure de soins: un patient en traitement doit pouvoir être pris en charge dans un espace protégé, et le personnel médical doit pouvoir travailler sans être exposé à des violences. Les soignants dénoncent ainsi un acte qui touche à la fois la sécurité du personnel soignant et la continuité des soins dans la province.
À Mungbere, un soin interrompu par un tir
Selon les éléments rapportés par des témoins, le drame s’est produit alors qu’un militaire cherchait à interpeller un patient qui recevait des soins. L’infirmier titulaire serait intervenu pour comprendre la situation et protéger son patient. C’est au cours de cette intervention qu’il a été mortellement atteint par balle.
Pour les professionnels de santé, le lieu où l’acte s’est produit est central. Il ne s’agit pas d’un incident à l’extérieur d’un service, mais d’un fait survenu à l’intérieur d’un établissement sanitaire. Cette précision explique la portée de la protestation: les soignants estiment que les hôpitaux doivent rester des espaces où la prise en charge médicale n’est pas perturbée par la présence ou l’usage d’armes.
Un service minimum pendant trois jours
La protestation engagée dans le Haut-Uele prend la forme d’un arrêt de travail de trois jours. Les structures sanitaires ne sont pas totalement fermées, mais leur activité est fortement réduite. Le service minimum signifie que les soins les plus indispensables sont maintenus, tandis que le fonctionnement normal des services reste perturbé.
Pour les usagers, l’effet pratique est immédiat: l’accès aux consultations et à certains actes de routine peut être limité pendant la période de protestation. Les informations fournies ne détaillent pas les services concernés ni les modalités exactes du service minimum, mais elles indiquent clairement une paralysie des structures sanitaires de la région. Cette situation place les patients dans l’attente d’une réponse institutionnelle aux revendications du personnel.
Les revendications portées par Alexis Balikito
Faute d’avoir été reçus officiellement par l’autorité provinciale, les manifestants ont lu publiquement leur mémorandum devant le siège du gouvernorat. Le document rassemble plusieurs demandes liées à l’établissement des faits, à la justice, à la sécurisation des structures sanitaires et à la prise en charge de la famille de la victime.
Le docteur Alexis Balikito, représentant de l’intersyndicale de la santé dans la région, a résumé ces revendications en ces termes: « Nous exigeons l’établissement de toute la vérité sur les faits et la traduction des auteurs devant la justice, ainsi que la mise en place des mesures urgentes et effectives de sécurisation des structures sanitaires et du personnel de santé. Nous exigeons aussi le respect du code du CICR qui justifie l’absence d’armes à feu au sein des établissements de soins de santé, et enfin la prise en charge par le gouvernement provincial de la veuve et des orphelins de la victime ».
Ces demandes montrent que la mobilisation ne se limite pas à une réaction émotionnelle après un décès. Elle pose aussi une question d’organisation: comment garantir que les hôpitaux restent accessibles, sûrs et dédiés aux soins, même dans un contexte d’insécurité?
La sécurité du personnel soignant au centre du dossier
Pour l’intersyndicale, le décès de l’infirmier titulaire de Mungbere représente la “goutte d’eau qui fait déborder le vase”. Cette formule traduit une accumulation de tensions autour de la sécurité du personnel soignant dans le Haut-Uele. Les professionnels de santé affirment être confrontés à une recrudescence de l’insécurité et des violences physiques dans la province.
À ce stade, les faits disponibles permettent d’établir une certitude: la protestation est directement liée au meurtre d’un infirmier dans un hôpital et à la demande de garanties pour les structures sanitaires. Les suites dépendront de la manière dont les autorités provinciales répondront aux exigences présentées dans le mémorandum, notamment sur la vérité des faits, la justice et la sécurisation des lieux de soins.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
