Le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a condamné, vendredi, la dispersion par la force d’un sit-in de l’opposition à Kinshasa, qualifiant l’intervention des forces de sécurité de « répression sanglante » et appelant à une mobilisation internationale contre ce qu’il décrit comme un « coup d’État constitutionnel en gestation ».
Dans un communiqué, le gynécologue congolais, lauréat du Nobel en 2018, a dénoncé l’instrumentalisation des forces de l’ordre par le régime. « Il est inacceptable que le régime de Kinshasa mobilise et instrumentalise l’armée, la police et une milice privée du parti présidentiel pour tirer sur des citoyens et brutaliser des leaders de l’opposition », a-t-il déclaré.
Un sit-in violemment dispersé devant le Parlement
La manifestation visée, organisée par la coalition d’opposition C64 devant le Palais du Peuple, siège du Parlement, a été dispersée dans la violence. Selon des organisations de défense des droits humains, deux militants auraient été tués, un bilan contesté par les autorités congolaises. Plusieurs dirigeants de l’opposition, dont Martin Fayulu, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund, ont été blessés.
Une proposition de loi au cœur de la contestation
Le sit-in protestait contre une proposition de loi fixant les conditions d’organisation d’un référendum, adoptée le 9 juin par l’Assemblée nationale. L’opposition accuse le président Félix Tshisekedi de vouloir modifier la Constitution pour s’ouvrir un troisième mandat, ce que la majorité parlementaire dément.
Mukwege établit un parallèle avec l’ère Kabila
Denis Mukwege a comparé la situation actuelle aux « heures sombres de la fin du régime de Joseph Kabila » et a appelé la communauté internationale à intervenir pour empêcher ce qu’il qualifie de dérive dictatoriale. Le gouvernement congolais n’avait pas répondu à ces accusations au moment de la publication de cette dépêche.
La condamnation de Mukwege s’inscrit dans un contexte de tensions politiques croissantes en République démocratique du Congo. La proposition de loi sur le référendum, adoptée par l’Assemblée nationale le 9 juin, est perçue par l’opposition comme une manœuvre pour permettre au président Tshisekedi de briguer un troisième mandat, en violation de la Constitution actuelle. La majorité parlementaire rejette ces accusations, affirmant que le texte vise simplement à clarifier les procédures référendaires.
La dispersion du sit-in a ravivé les craintes d’un retour à des pratiques répressives. Les blessures infligées à des figures de l’opposition comme Martin Fayulu, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund illustrent, selon Mukwege, une escalade dans la brutalité du régime. Le lauréat du Nobel a insisté sur la nécessité d’une réaction internationale, estimant que le silence de la communauté internationale pourrait encourager ce qu’il nomme un « coup d’État constitutionnel en gestation ».
Le gouvernement congolais n’a pas encore réagi officiellement à ces déclarations. L’absence de réponse laisse planer une incertitude sur la position des autorités face à ces allégations de dérive dictatoriale. La situation demeure tendue à Kinshasa, où l’opposition promet de poursuivre la mobilisation contre la proposition de loi.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
