Vingt-six ans après les combats meurtriers de la Guerre de Six Jours à Kisangani, la question de la responsabilité rwandaise reste un point de blocage dans le processus de justice pour les victimes. C’est le constat porté ce samedi par Alain Chirwisa, victime directe de ces événements, lors d’un Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala.
« L’Ouganda ne se battait pas contre l’Ouganda dans Kisangani et dans la Province Orientale. L’Ouganda se battait contre le Rwanda », a-t-il déclaré, soulignant une asymétrie dans les poursuites internationales. La Cour internationale de justice a condamné l’Ouganda à verser 325 millions de dollars à la RDC, mais aucune procédure similaire n’a visé le Rwanda.
Une justice internationale à deux vitesses
Alain Chirwisa a dénoncé une justice internationale sélective. Selon lui, les combats qui ont ravagé Kisangani opposaient directement les forces ougandaises et rwandaises, faisant de la ville un champ de bataille pour des intérêts étrangers. Pourtant, seule Kampala a été reconnue responsable et condamnée à réparer.
Cette situation interroge sur les mécanismes de mise en cause des États. L’absence de poursuites contre Kigali laisse un vide dans la reconnaissance des souffrances subies par la population civile congolaise.
Le contrôle des réparations en débat
Au-delà de la condamnation internationale, Alain Chirwisa a plaidé pour une implication directe des institutions provinciales dans la gestion des fonds de réparation. « La base doit pouvoir contrôler ce qui lui revient de droit », a-t-il affirmé, pointant une déconnexion entre Kinshasa et la Tshopo, où résident les véritables victimes.
Cette revendication pose la question de la décentralisation du processus d’indemnisation. L’identification des victimes et la répartition des sommes allouées devraient, selon lui, relever d’un pouvoir de contrôle local pour éviter les détournements et garantir une justice de proximité.
L’oubli scolaire d’un drame national
Alain Chirwisa a également interpellé le Ministère de l’Éducation sur l’absence de la Guerre de Six Jours dans les programmes scolaires congolais. « En deuxième secondaire, j’ai étudié l’histoire de la guerre de Normandie, mais le Ministère de l’Éducation ne met pas le turbo pour que les élèves congolais apprennent d’abord notre propre histoire », a-t-il déploré.
Cette lacune éducative empêche une transmission intergénérationnelle de la mémoire collective. L’enseignement de l’histoire nationale est présenté comme un levier essentiel pour la reconnaissance des victimes et la prévention de futurs conflits.
Les propos d’Alain Chirwisa rappellent que la justice pour les crimes commis à Kisangani reste incomplète. La condamnation de l’Ouganda constitue une avancée, mais l’absence de mise en cause du Rwanda et les défis de la réparation locale maintiennent un sentiment d’inachevé.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
