L’entrée d’Enrique Prado, ancien commando de la CIA, au conseil d’administration de Copper Intelligence Inc. illustre la dimension sécuritaire croissante des projets miniers américains dans l’est de la République démocratique du Congo. La société détient les droits sur un gisement de cuivre à haute teneur près de Butembo, dans une zone exposée aux attaques des ADF et à l’avancée de la rébellion de l’AFC/M23.
Un profil opérationnel pour un projet sous tension
Copper Intelligence Inc. a annoncé récemment la nomination d’Enrique Prado, dit Ric, au sein de son conseil d’administration. L’intéressé a servi dans une unité des forces spéciales américaines avant de rejoindre la Central Intelligence Agency au milieu des années 1970. Entre 2004 et 2010, il a été vice-président de Black Water, société de mercenaires rebaptisée Academi, chargé des programmes gouvernementaux. Le communiqué de l’entreprise ne précise pas le rôle opérationnel exact qui lui sera confié dans le développement du projet de Butembo. Toutefois, le contexte local suggère que son expérience en matière de sécurité et d’opérations sensibles pourrait constituer un atout.
Un gisement stratégique dans une zone instable
Le projet cuprifère de Butembo est situé dans la chefferie de Bashu, au nord de la province du Nord-Kivu. La région est régulièrement exposée à l’insécurité et à des attaques attribuées aux Allied Democratic Forces, un groupe terroriste ougandais. Par ailleurs, la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par les troupes rwandaises, s’est emparée de plusieurs localités du territoire de Lubero, dont Kanyabayonga et Kirumba, et se rapproche de Butembo. Copper Intelligence mène actuellement une campagne de forage dont les premiers résultats sont attendus début mai 2026, étape préalable à toute décision d’investissement à plus grande échelle.
La menace de Washington contre les fauteurs d’instabilité
Fin avril 2026, le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a déclaré que « ceux qui continuent de semer l’instabilité devront rendre des comptes ». Il a précisé que les États-Unis utiliseraient leurs outils pour défendre l’intégrité des accords de Washington, lesquels leur permettent d’accéder à des minerais critiques. Son sous-secrétaire chargé de la lutte contre le terrorisme et du renseignement financier, John K. Hurley, avait déjà prévenu que le département du Trésor n’hésiterait pas à prendre des mesures contre les groupes empêchant les États-Unis et leurs alliés d’accéder aux minerais essentiels à leur défense nationale. Ces déclarations faisaient suite à l’annonce de sanctions contre les leaders politiques et militaires de l’AFC/M23 et certains officiels rwandais.
Des paramilitaires déjà à pied d’œuvre
Depuis fin 2025, Erik Prince, président de Black Water et proche de Donald Trump, a déployé des troupes dans l’est de la RDC sous l’étiquette des groupes paramilitaires Vectus Global et Frontier Service Group. Ces paramilitaires américains ont appuyé les Forces armées de la République démocratique du Congo dans la reconquête et la sécurisation de la ville d’Uvira, brièvement prise par les rebelles du M23 en décembre 2025. Selon Reuters, ils ont opéré en coordination avec des conseillers israéliens, lesquels ont formé deux bataillons des forces spéciales congolaises. Présentement, les paramilitaires américains aideraient l’administration congolaise à mettre en place une police fiscale dans la région d’Uvira. Frontier Services Group a été associé à des activités liées à la sécurisation des chaînes logistiques minières, notamment dans les domaines du contrôle frontalier, de la surveillance des cargaisons et de l’assistance technique aux inspections. La récente mise à l’index de Joseph Kabila Kabange par l’Office of Foreign Assets Control du Trésor américain sonne comme un dernier avertissement adressé aux acteurs susceptibles de perturber les intérêts miniers de Washington.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: mediacongo.net
