L’eau jaillit enfin à Kinzau. Samedi 30 mai dernier, les habitants de ce village de la commune de Matadi, au Kongo Central, ont assisté à un événement qu’ils n’espéraient presque plus : l’inauguration d’un forage moderne. Un filet d’espoir devenu un jet puissant, qui met fin à un calvaire quotidien longtemps ancré dans les mémoires.
Pour les résidents de Kinzau, obtenir un simple bidon d’eau relevait d’un parcours du combattant. La REGIDESO, fournisseur théorique, ne déversait son précieux liquide que par intermittence – parfois seulement deux ou trois jours après quatre mois de sécheresse. « Nous pouvons passer des mois sans eau, et quand elle revient, c’est pour repartir aussitôt », se souvient Roger Nimi, un habitant visiblement soulagé. Aujourd’hui, le forage offert par le Centre de Développement Communautaire change la donne : « L’eau jaillit en abondance », dit-il.
Le forage, un ouvrage d’intérêt communautaire, a été inauguré en présence du bourgmestre de Matadi. Il concrétise un dialogue amorcé l’année précédente, lorsque l’autorité municipale avait demandé aux villageois leurs besoins les plus urgents. « L’eau, c’était la priorité », raconte Suzza Kitemoki, épouse du chef du village et affectueusement surnommée « Maman cheffe ». « Nous allions puiser aux puits et aux sources, il fallait parfois marcher dans la boue. C’était difficile. »
Aujourd’hui, le bruit de l’eau qui coule est devenu le symbole d’une renaissance. Mais au-delà de la joie, Maman cheffe lance un appel à la responsabilité collective : « Mes frères et sœurs de Kinzau, prenons soin de cet ouvrage qui nous est donné : il est pour nous tous. Si nous en prenons soin, il servira même aux générations à venir. » Un message d’autant plus crucial que la gestion communautaire des points d’eau reste un défi en RDC, où de nombreux forages tombent en panne faute d’entretien.
Ce forage ne résout pourtant qu’une partie des défis. Le village de Kinzau vit depuis plusieurs mois dans l’obscurité, privé d’électricité. Pour que l’eau continue de jaillir en continu, les habitants appellent les autorités à rétablir le courant. Car le moteur du forage, s’il venait à fonctionner grâce à un groupe électrogène, pèserait sur les finances locales déjà fragiles. La lumière comme condition sine qua non d’une eau pérenne : un paradoxe cruel pour des Congolais habitués à l’inconfort.
L’histoire de Kinzau est celle de milliers de localités du pays, où l’accès aux services de base demeure un luxe. Selon les données de la Banque mondiale, moins de 30 % des Congolais ont accès à l’eau potable en milieu rural. Le geste du Centre de Développement Communautaire, bien que salutaire, rappelle l’urgence d’investissements publics massifs. En attendant, les villageois de Kinzau savourent chaque goutte, en espérant que ce forage ne soit pas le dernier combat.
Alors que l’eau coule enfin, un nouveau souhait émerge : que l’électricité rallume les foyers et donne un second souffle à ce forage. « Nous avons l’eau, mais sans électricité, tout reste fragile », confie un jeune du village. Une double peine que les autorités locales entendent désormais prendre en compte, promettant d’œuvrer pour un retour rapide de la lumière.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
