AccueilActualitéSociétéService national : Tshisekedi crée une Task Force pour sauver Kinshasa

Service national : Tshisekedi crée une Task Force pour sauver Kinshasa

Aux premières lueurs de l’aube, le long de l’avenue du 24 Novembre, c’est un véritable parcours du combattant qui attend les Kinois. Sur les trottoirs défoncés, des monticules d’ordures disputent l’espace aux étals anarchiques et aux véhicules immobilisés dans un concert permanent de klaxons. « Tous les matins, c’est la même galère. On respire la poussière et les odeurs de pourriture, et il faut au moins deux heures pour faire cinq kilomètres », soupire Angèle, vendeuse de pains à proximité du Grand Marché de Kinshasa. Ce cri du cœur, des milliers d’habitants de la capitale pourraient le reprendre. C’est ce constat accablant qui a poussé le président Félix Tshisekedi à sortir l’artillerie lourde : placer le Service national à la tête d’une Task Force inédite pour l’assainissement et la fluidité de la circulation à Kinshasa.

L’annonce, faite lors du Conseil des ministres du vendredi 29 mai à la Cité de l’Union africaine, a pris de court plus d’un observateur. Quelques jours plus tôt, la tournée du chef de l’État sur plusieurs chantiers de la ville avait viré au choc visuel : le marché central rénové, toujours en attente d’inauguration, croulait déjà sous les détritus. Face à l’état d’insalubrité avancé, la décision présidentielle a été tranchante : confier la coordination de la lutte à une institution militaire, le Service national, pour créer une Task Force dédiée. Selon Didier Nzolantima, directeur financier de l’organe, l’initiative répond aux préoccupations directes du Président, qui n’en pouvait plus de voir la mégapole sombrer dans le chaos environnemental.

Les défis sont colossaux : assainissement Kinshasa n’est pas un vain mot quand chaque rue devient une décharge sauvage, que les caniveaux bouchés transforment les pluies en inondations, et que les embouteillages chroniques transforment le moindre trajet en épreuve de patience. Peut-on vraiment espérer une métamorphose là où des décennies de gestion chaotique ont échoué ? La circulation Kinshasa est un nœud gordien que ni les initiatives communales, ni les opérations coup de poing ponctuelles n’ont su dénouer. L’occupation anarchique des trottoirs par les commerçants et les parkings sauvages échappe à tout contrôle depuis des années.

Avec cette Task Force, le Service national sort de son rôle traditionnel de formation paramilitaire pour se muer en architecte de la propreté urbaine. L’objectif affiché est ambitieux : restaurer l’image de la capitale, améliorer le cadre de vie et rendre la mobilité plus fluide dans une cité de plus de douze millions d’âmes. Mais la mise en place d’une structure hybride, à la fois militaire et technique, suscite des interrogations légitimes. Comment des agents formés à la discipline militaire sauront-ils s’adapter aux subtilités de la gestion des déchets et de la régulation du trafic ? Où trouveront-ils les moyens logistiques pour des opérations de nettoyage massives ? Et surtout, comment impliquer les citoyens sans basculer dans la répression ?

Derrière les annonces, c’est toute une architectonique sociale qui est en jeu. L’insalubrité et les bouchons ne sont pas des fatalités ; ils traduisent une crise de l’autorité publique et un manque de conscience collective. Dans les quartiers populaires, beaucoup oscillent entre l’espoir d’un changement tangible et le scepticisme nourri par les promesses non tenues. « Si on ne nous associe pas, si on se contente de rouler les mécaniques en uniforme, rien ne changera », avertit Pascal, chauffeur de taxi-bus. La participation communautaire s’annonce donc comme la clé de voûte d’une réussite durable.

Félix Tshisekedi joue une carte politique majeure. S’il parvient à faire du Service national l’instrument d’une véritable renaissance urbaine, il redorera son bilan et, plus encore, montrera que l’État est capable de reprendre la main sur des territoires abandonnés au désordre. À l’inverse, un échec de cette Task Force serait interprété comme un aveu d’impuissance supplémentaire. Le pari est osé, mais il porte en germe une ambition salutaire : redonner à la capitale congolaise sa dignité. Pour Kinshasa, étouffée par ses propres excès, le compte à rebours a commencé.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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